Jeudi 17 septembre 2009


Qui et comment les « services » recrutent-ils ? Quelles qualités faut-il pour faire un « bon » espion ? Les métiers du renseignement fascinent mais restent méconnus. Pour la première fois, un ouvrage lève le voile sur cet univers, de façon documentée et précise. Renseignement militaire, contre-espionnage, service action, opérations spéciales ou clandestines : informé aux meilleures sources, ce livre décrit les rouages du métier et les modes de recrutement des plus importants services de renseignement extérieur : le MI-6 (Grande-Bretagne), la CIA (Etats-Unis), le Mossad (Israël, et la DGSE (France). La sélection des recrues est ici expliquée en détail : concours et entretiens, sélection des profils, tests psychologiques, enquêtes de personnalité et d'environnement, etc. On y révèle les méthodes de formation aux différentes fonctions : recherche et analyse, écoute et cryptographie, surveillance, recrutement et traitement de sources à l'étranger... ainsi que les formations de type action ». Le lecteur découvrira enfin la vie d'un apprenti espion, les carrières possibles, avec leurs avantages et leurs servitudes. Tous les sujets sont traités sans tabou : fait-on fortune dans le renseignement ? peut-on concilier vie privée et missions secrètes ? quels profils sont les plus recherchés ? une femme a-t-elle les mêmes chances qu'un homme ?

Espionnage et technologie




Durant la Première Guerre mondiale, l'essor conjugué de la reconnaissance aérienne et des interceptions radio a ouvert une nouvelle ère pour les services de renseignement : celle de l'espionnage technologique. Que ce soit pour protéger ses secrets ou dévoiler ceux d'autrui, nul ne saurait désormais se couper de la recherche scientifique. Écoute téléphonique, surveillance par satellites ou par drones, armes fatales, techniques de contrôle mental, élaboration de codes secrets toujours plus sûrs (que l'on songe à la lutte acharnée contre la fameuse machine Enigma, capitale dans la victoire alliée en 1939-1945) et bien sûr gadgets de tout poil (appareils photo miniatures, poisons, déguisements...) émaillent ce livre. Où l'on découvrira que la créativité des ingénieurs et techniciens oeuvrant pour les services secrets ne connaît qu'une seule limite : celle du financement de leurs projets. Et qu'au final, Ian Fleming n'a pas inventé grand-chose, et surtout pas le savoureux personnage de Q " qui approvisionne l'agent 007 en artifices diaboliques !



Derrière les lignes ennemies : Une espionne juive dans l'Allemagne nazie

Qui est Marthe Hoffnung alias Fräulein Ulrich - cette femme de l'ombre, au service des Résistants français et luttant contre les forces nazies ? Marthe, la blonde, qui maîtrise l'allemand comme personne d'autre, est une espionne juive qui a infiltré les lignes ennemies. Elle parvient à saboter les opérations allemandes de l'intérieur et brave ainsi tous les dangers de la guerre - le froid, la faim, les guets-apens - et de l'espionnage - les manipulations, les dénonciations, les machinations, l'attente de l'action, l'angoisse du danger qui rôde - jusqu'à transmettre aux forces alliées les renseignements décisifs qui permettront de détruire l'ennemi. Rédigés à la manière d'un récit épique, ces mémoires témoignent du destin singulier d'une femme hors du commun qui mena une lutte acharnée contre le mal.

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Vendredi 3 juillet 2009



I.
Eléments biographiques

Harry Ferguson est un ancien agent du MI6 et un agent sous couverture du MIS (National Investigation Service). Il se consacre depuis sa retraite à l'écriture. Il est l'auteur en 2003 d'un livre intitulé NIS: Kilo 17 et, deux ans plus tard, de Lima 3, deux ouvrages dans lesquelles il retrace son expérience au sein des services de renseignement britannique.

En 2005, il a commencé avec un ancien agent de la CIA, Mike Baker, à collaborer à une série de la BBC dénommée « Spy » dont il a également écrit le livre Spy – A Handbook.

Les chapitres 6 et 7 de ce livre constituent un véritable guide destiné aux agents dont la mission est de recruter des informateurs. Ferguson fournit des informations importantes et didactiques à ce sujet. Ces deux passages sont ponctués d'anecdotes historiques concernant de fameux agents des services de renseignement, comme Sir Francis Walsingham, Oleg Gordievsky ou encore Jonathan Pollard.

 

I.Le recrutement de l'agent

 

  1. L'art de la séduction

La première phase d'approche dans le recrutement d'un agent s'apparente, à maints égards, à un jeu de séduction dans lequel l'officier tient le rôle principal.

 

1.Gagner la confiance de l'agent


En effet, son but est de recruter l'agent donc il doit, au préalable, établir un premier contact et gagner la confiance de son interlocuteur aussi rapidement que possible. Evidemment, tout le monde ne part pas égal, certains ayant des prédispositions dans ce domaine. Toutefois, même si gagner la confiance d'autrui n'est pas une qualité innée, il existe des ruses et différentes tactiques qui peuvent être mises en place et qui, avec un peu d'entraînement, s'avèrent concluantes.

 

2.Le positionnement sur une échelle de valeurs


La première règle qu'il est important de retenir est qu'il ne faut jamais qu'un agent soit recruté par un officier qu'il ne respecte ou n'admire pas. S'il le considère inférieur, en fonction d'une échelle de valeurs qui lui est propre, il ne pourra jamais s'établir un quelconque respect entre les deux individus et, par corollaire, aucune confiance. Etant donné que cette échelle de valeurs est propre à chacun, c'est ce que Ferguson appelle le « power ladder », il convient au préalable d'effectuer un travail de collectes d'information précise sur l'agent en question. Certains se baseront en fonction de l'apparence, de la richesse ou bien encore de compétences techniques. Chaque individu attache à chaque qualité une valeur différente. Il convient alors de trouver les qualités qui pourront inspirer le respect à l'agent. Si ce dernier respecte les hommes fortunés, il conviendra par exemple que l'officier ait les attributs d'une telle position sociale.

 

  1. La persuasion de l'agent

Une fois le contact établi, il convient de persuader l'agent de travailler pour l'officier et de collecter des informations qu'il lui transmettra.

 

1.Les stratégies de persuasion


Ferguson souligne trois stratégies de persuasion à mettre alors en oeuvre. Il part du principe, largement établi, qu'il convient d'abord de donner pour recevoir. En l'occurrence, des cadeaux ou mieux, des informations lui donnant l'impression d'être important peuvent contribuer à ce que l'agent fournisse en retour des informations utiles. Cet échange est à la base de la mise en confiance de l'agent. Il convient également, même si cela peut paraître relever du cliché, de flatter l'agent sans toutefois tomber dans la flagornerie. Tout est dans la mesure. Enfin, Ferguson souligne que l'officier doit faire ce qu'il dit, être ponctuel et fiable, des critères qui montrent le professionnalisme et le sérieux.

 

2.Les outils au service de la persuasion


Outre ces stratégies, Ferguson fait un catalogue très détaillé des différents outils qui doivent être mis en application afin de persuader l'agent. C'est un véritable manuel de bonne conduite qu'il offre aux officiers. Il insiste notamment sur la gestuelle, l'expression et l'apparence, des critères qui ne sont pas seulement importants dans la relation agent-officier mais dans la vie de tous les jours. En effet, notre gestuelle, le ton de notre voix ou encore nos mouvements trahissent nos émotions donc il convient de les contrôler autant que faire se peut. Comme dans la séduction amoureuse, le regard est crucial afin d'établir la confiance. Là encore, la mesure est de rigueur afin de ne pas mettre dans une situation inconfortable son interlocuteur. Parmi de nombreux autres exemples, Ferguson donne aussi celui de la position du corps qui peut traduire l'anxiété ou le désintérêt si l'officier n'y prend pas garde.

 

II.La relation entre l'officier de liaison et l'agent

 

Une fois que la confiance est établie entre l'agent et l'officier, la deuxième phase de la relation commence, celle consistant à la collecte et au transfert des informations.

 

  1. Les règles concernant les entrevues entre l'officier et l'agent

1.Les règles de sécurité


La rencontre entre l'agent et l'officier est toujours un moment délicat, mettant en jeu la sécurité des deux. Ces rencontres sont importantes à maints égards car elles permettent d'entretenir le contact et d'évaluer l'état d'esprit de l'agent mais aussi de transmettre des informations et de donner à l'agent sa  prochaine mission. Il convient d'être très prudent et d'éviter d'être repéré. Il faut fournir à l'agent, s'il est compromis, une porte de sortie afin de s'échapper. De même, si la rencontre ne peut pas avoir lieu, pour différentes raisons ou si l'un des deux est en retard, il convient d'établir un point de chute pour une nouvelle entrevue. Par exemple, il peut s'agir de se rencontrer trente minutes plus tard à un autre endroit.

 

1.Le moral et le bien-être de l'agent


Bien que la relation entre l'agent et l'officier doive évoluer hors du champ des sentiments, pour la simple raison par exemple que l'officier pourrait être amené à donner une mission à l'agent mettant en jeu sa vie, une relation d'amitié basée sur la confiance et le respect mutuel peut rapidement se mettre en place. Afin d'entretenir cette confiance, l'officier doit prendre soin de son agent, en lui demandant des nouvelles et en s'inquiétant de son bien-être. Il doit aussi être capable de détecter si quelque chose ne va pas et pourrait éventuellement mettre en jeu la sécurité de l'agent, de l'officier voire de l'opération toute entière. Certains signes ne trompent pas, par exemple si l'agent a soudainement accès à un nouveau niveau de sécurité. Cela peut souligner que l'ennemi est en train de l'utiliser afin de transmettre de fausses informations. Enfin, il ne faut pas oublier que l'engagement d'un agent est toujours dépendant d'une récompense. Même si le sexe n'est plus en vigueur dans les services de renseignement occidentaux et si l'appât du gain est à éviter, certaines motivations comme des convictions politiques ou encore l'espoir d'une vie meilleure dans le pays avec lequel il collabore peuvent entrer en ligne de compte.

 

  1. La communication et le transfert des informations

Pour Ferguson, les agents ont deux moyens de communication secrets pour transmettre les informations, ce qu'il appelle les « brush contacts » et la « dead letter box ».

 

1.Les « brush contacts »



Les « brush contacts » sont des rencontres momentanées entre l'officier et l'agent qui se déroulent généralement en public mais qui sont tellement brèves que même un observateur attentif ne doit théoriquement pas les remarquer.
L'avantage de ces rencontres est qu'elles sont discrètes donc elles ont moins de chance de mettre en jeu la couverture de l'agent, tout en permettant le transfert des informations collectées. Toutefois, de telles rencontres requièrent une parfaite coordination entre l'agent et l'officier et sont, par conséquent, facteur de stress. L'agent ne peut pas, par exemple, se permettre d'arriver en retard sous peine de mettre en danger la sécurité de l'officier. Ainsi, le timing, des mesures de surveillance et la mise en place de signaux afin de signaler un éventuel danger sont cruciaux. Il faut toujours qu'une porte de sortie puisse être offerte à l'agent s'il est compromis et la vigilance de l'officier est souvent mise à rude épreuve lors des « brush contacts ». Bien que populaires à la télévision et dans les films, les « brush contacts » ne sont pas les moyens les plus utilisés par les services de renseignement occidentaux afin de transmettre des informations. Les nouvelles technologies permettent en effet d'éviter de telles rencontres.

 

2.La « dead letter box »


Enfin, beaucoup moins utilisée également de nos jours par les services de renseignement occidentaux, la « dead letter box » l'est néanmoins toujours par les terroristes. La « dead letter box » est un espace ou une boîte dans laquelle peuvent être placés des documents par l'agent, qui sont ensuite collectés par l'officier et vice versa. L'avantage de cette technique est qu'elle évite le contact direct entre l'officier et l'agent ce qui renforce la sécurité de deux. A l'inverse, une « dead letter box » peut être trouvée et interceptée mettant ainsi en péril l'agent et l'officier sans qu'il ne soit possible d'offrir une porte de sortie à l'agent. En cas de danger, il convient donc de convenir d'un signal d'urgence facilement détectable par l'officier. Pour garantir la sécurité des informations transmises, le cryptage peut être une bonne solution même si, de nos jours, de nombreux systèmes comme VSC (Visual Spectral Comparator) et ESDA (Electrostatic Detection Device) peuvent en venir à bout aisément.

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Samedi 16 mai 2009



La quête de ressources humaines dans le renseignement

Un des nombreux problèmes auquel doit faire face un responsable de Centre de renseignement est certainement celui du renouvellement des effectifs, surtout lorsque l’environnement mondial est en constante mutation et que les domaines de compétences recherchés varient de jour en jour.

Le recrutement officiel

Le recrutement est une partie essentielle du travail d’un service de renseignement. Un tel organisme est composé de personnels très différents, aussi bien administratifs qu’opérationnels. Bien sûr, certains agents, notamment les analystes, ne quittent que rarement les murs de leur Centre, et sont chargés de synthétiser les masses de documentations mises à leur disposition par les différentes sources du service. Mais, dans notre étude, nous allons plutôt nous attacher aux agents de terrain, c’est à dire ceux qui cherchent l’information à la source, quel que soit l’endroit où elle se trouve. Ces personnes nécessitent de présenter un certain nombre de qualités adaptables aux besoins des missions. Loin de l’image hollywoodienne de l’agent secret, l’officier de renseignement doit être quelqu’un de cultivé, discret et capable d’analyser très rapidement les situations dans lesquelles il se trouve. Ceci explique un recrutement effectué dans les milieux académiques, qu’il s’agisse d’universités, d’écoles ou instituts. Les domaines jugés intéressants par les responsables de services ont d’ailleurs quelque peu évolué depuis une décennie. Du temps de l’affrontement idéologique entre l’Est et l’Ouest, les fonctionnaires et contractuels du renseignement étaient notamment recrutés parmi les historiens ou les politologues. Aujourd’hui, on recherche davantage des économistes, des sociologues, des ingénieurs en électronique ou plus généralement des scientifiques. Ceci a permis une « plus large intégration des femmes ». Chaque pays dispose d’un système particulier de recrutement. Les soviétiques, puis les russes, ont souvent retenu la solution du recrutement de père en fils, tout en ne négligeant pas l’approche discrète des établissements académiques. Les américains, forts de leurs universités réputées, disposent d’un potentiel important de candidats. Cela étant, à l’instar des britanniques, ils n’hésitent pas à passer des annonces, plus ou moins codées à une époque, et beaucoup plus explicites aujourd’hui, dans les journaux, hebdomadaires du pays ou même sur Internet. Ainsi peut-on lire sur le site du service de contre-espionnage britannique, le MI5, une annonce disant : « Si tu es anglais, photographe, en bonne santé, que tu aimes les grands espaces et que tu n’es pas claustrophobe, rejoins les services secrets britanniques ». Les américains ne sont pas en reste. Le site Internet de la CIA, fort bien réalisé d’ailleurs, présente tout un dossier relatif à l’emploi dans l’agence, en évoquant notamment, les missions et les formations demandées. Plus de quarante cinq types d’emploi sont proposés. Cela va de l’infirmière à temps partiel, à l’économiste ou l’agent clandestin. Le site aurait enregistré près de 50.000 demandes en 1998. Cette démonstration d’inventivité technologique, n’a cependant pas été fortuite. En effet, la CIA aurait perdu environ quatre mille emplois depuis la chute de l’empire soviétique. Le journal Le Point précise qu’en 1995, vingt cinq agents clandestins ont été recrutés, tandis que cent vingt cinq prenaient leur retraite, faisant dire à un ancien directeur adjoint du renseignement de la CIA, dans le New York Times : « On ne peut pas faire tourner un réseau de renseignement mondial avec seulement vingt cinq recrues par an ! ».


Les américains ont donc lancé une vaste campagne de recrutement, avec pour objectif avoué «d’attirer 2000 à 3000 jeunes parmi les plus brillants des Etats-Unis sous peine d’assister à la mort lente du renseignement américain ». Une ligne téléphonique a même été ouverte pour recevoir des candidatures, ou répondre à diverses questions. La méthode de recrutement semble moins «branchée » en France, le recrutement passant essentiellement par voie de concours administratifs. Un débat quant au recrutement dans la police nationale est apparu au cours de l’année 2000. La question était de savoir pourquoi les effectifs policiers, exerçant dans les zones sensibles du pays, n’étaient pas davantage issus de l’immigration, dans le but de faciliter les relations entre la police et les «jeunes » . Cette question peut également se poser dans les services de renseignement. La France, de par sa position géographique extrême sur le continent européen et sa qualité de vie, est un point de passage et de sédentarisation des mouvements de l’immigration venant, soit de l’Europe même, soit du continent africain. Un agent de renseignement français, originaire du Lubéron, rencontrerait sans doute plus d’obstacles dans sa quête d’informations dans un pays de la péninsule arabique, qu’un agent originaire d’un pays du Maghreb. De même que la tâche consistant à combattre, par exemple, le terrorisme islamiste à l’intérieur de nos frontières se fera d’autant plus facilement que nous aurons à notre disposition des agents d’origine arabe. Il serait donc bon d’encourager de manière conséquente, dans un premier temps, leur recrutement, soit dans l’armée, soit dans un service de police, pour ensuite les amener vers les services spéciaux, et leur dispenser une formation particulière.

La formation

Un agent de terrain doit, en permanence, être en contact avec des sources intéressantes et jugées fiables par le service. Nous avons observé auparavant que l’espionnage économique et industriel était devenu une des principales préoccupations des agences de renseignement. Il ne s’agit plus seulement de connaître l’état des troupes du Pacte de Varsovie et le nombre de missiles capables de transporter des ogives nucléaires. Le renseignement du siècle prochain est davantage axé sur les capacités industrielles et économiques d’un pays, ou plus précisément d’une entreprise. Un agent devra donc maîtriser au mieux le domaine concerné par sa recherche. Un spécialiste en électronique sera plus à l’aise pour comprendre le fonctionnement d’un système ultramoderne fabriqué, par exemple, au Japon, qu’un historien. Bien sûr, les services spéciaux bénéficient de leur propre réseau d’enseignement, scientifique notamment, mais ils ne suffisent pas à « l’éducation » d’un agent de renseignement opérationnel. En effet, dès qu’un agent part en mission, il doit faire face à des éléments étrangers. C’est ainsi que toute une politique d’enseignement linguistique est mise en oeuvre dans les écoles de renseignement. «Sans le don des langues, l’agent secret se sent comme un soliste d’opéra sans voix ». Nous l’avions observé, la NSA, chargée des interceptions électroniques, est l’une des institutions américaines les mieux dotée en traducteurs et spécialistes de civilisations étrangères. Il existe en France une école spécialisée dans ce domaine, l’EIREL (Ecole interarmées du renseignement et des études linguistiques) située à Strasbourg. La nécessité absolue de connaître des langues étrangères se manifeste aussi bien dans le renseignement militaire que politique, diplomatique ou économique. Ainsi, les militaires n’ont pas d’autres choix que de pratiquer la langue de Shakespeare, puisque l’anglais est devenue la référence mondiale en matière de communication, notamment sur les théâtres d’intervention extérieurs, et lors des échanges entre états-majors français et alliés. De même, les agents clandestins n’ont pas d’autre choix que de maîtriser parfaitement la langue du pays ciblé, sous peine de ne plus être clandestin. Cela étant, il existe encore des lacunes dans l’enseignement linguistiques, notamment en ce qui concerne le contenu des cours. Ainsi que le précise Michel Klen, «ces certificats linguistiques[…] devraient être plus pragmatiques, faire moins appel au «bachotage » et surtout mieux développer l’aptitude des cadres à pouvoir maîtriser le plus grand nombre de situations linguistiques ».

En plus de leur formation linguistique, les agents de renseignement, agissant sur le terrain, bénéficient, en plus de leur formation initiale, d’une formations spécifique. En premier lieu, on enseigne aux nouveaux venus les principes de bases du renseignement, c’est à dire sa définition, les différentes formes qu’il peut prendre, sa valeur.

Puis, les instructeurs vont leur expliquer les rudiments du métier, notamment :

 

* « Les structures et organigrammes des services adverses
* Les méthodes du contre-espionnage
* Les mesures de sécurité
* La nature, valeur et cotation du renseignement
* L’observation
* L’utilisation du matériel
* Tout ce qui concerne les faux et reproductions
* Une initiation aux techniques de cambriolage et de photographie
* La radiocommunication et les échanges furtifs
* Les différentes manières d’établir un contact ».

Les agents chargés du renseignement militaire reçoivent une formation complémentaire. Celle-ci contient les rudiments de la lutte de guérilla, des patrouilles profondes, des missions d’exfiltration, des captures de prisonnier, et plus généralement d’acquisition du renseignement militaire. En outre, ils reçoivent une formation plus « sportive » concernant par exemple la navigation, l’escalade, le parachutisme, l’orientation ou les techniques de combat sous-marin.

Seuls les agents de terrain bénéficient d’une telle formation, tout d’abord en raison de son coût très élevé, mais aussi du fait du caractère extrêmement confidentiel des matières enseignées. Ensuite, les agents considérés comme aptes à partir en mission, aussi bien sur le territoire national, s’ils agissent pour un service de contre-espionnage, qu’à l’étranger, s’ils travaillent pour une centrale de renseignement extérieur, sont assez peu nombreux. Ainsi le réseau de l’agent clandestin soviétique Richard Sorge, implanté au Japon dans les années trente, ne comptait que deux agents professionnels qui employaient une vingtaine de « sous-agents ». Le monde du renseignement a l’inconvénient, pour les observateurs extérieurs, de représenter une zone de flou artistique, difficile à saisir et volontairement entretenue. Vouloir dessiner le portrait-type d’un agent de renseignement, d’un espion, est sans doute une mission impossible, à l’exception peut-être pour les anciens du métier. Il est toutefois possible d’opérer une typologie de ces soldats de l’ombre.

Typologie des agents de renseignement

Une fois la formation assurée, un agent de renseignement est opérationnel. Mais ces agents, entraînés et rémunérés par des structures étatiques, ne constituent pas une catégorie unique d’agents. En fait, il en existe une multitude, chacun disposant de qualités indispensables, non seulement pour la réussite de leur travail, mais aussi pour la longévité, soit de leur carrière (dans le meilleur des cas), soit de leur vie (dans les cas extrêmes).

Catégorisation des agents de renseignements

Le rapport final de la commission sénatoriale américaine du renseignement daté du 26 avril 1976 donne cette définition de l’agent : « Individu qui agit sous la direction d’un service de renseignements ou d’un service de sécurité afin d’obtenir ou d’aider à obtenir des informations pour le renseignement ou le contre-renseignement ». Ceci est une explication très large du rôle d’un agent. Pourtant chaque type d’agent remplit une fonction spéciale.

L’agent légal : c’est un professionnel du renseignement implanté sous une couverture dite légale, c’est à dire appartenant à une ambassade en tant qu’attaché militaire, directeur du service des relations publiques, ou diplomate. Ainsi les soviétiques comptaient, parmi le personnel de certaines de leurs ambassades, près de 60% d’agents du KGB. Leur rôle n’est pas le plus dangereux, car en cas d’allégations d’espionnage à leur encontre, ils sont déclarés persona non grata, et priés de quitter rapidement le pays hôte.

L’agent clandestin ou illégal : celui-ci agit dans un pays étranger en se faisant passer, en général, pour un ressortissant d’une tierce nationalité. Les soviétiques ont, ainsi, souvent envoyé des agents « canadiens » aux Etats-Unis. Il n’est pas membre d’une mission diplomatique, et ne bénéficie donc pas de l’immunité diplomatique. Les conséquences, en cas d’arrestation, peuvent être dramatiques, à moins de faire l’objet d’un échange d’espions entre les deux Etats concernés.

L’agent d’influence : celui-ci fait usage de sa situation personnelle, en fonction de l’influence ou plus encore de l’autorité qu’il représente, et donc de la confiance qu’il véhicule, pour tenter d’influencer l’opinion publique ou certains responsables, de toutes natures, ayant un poste jugé intéressant par l’agent ou son employeur, dans le but de faire promouvoir les intérêts de son pays ou de son entreprise. Dès le début de l’époque soviétique en Russie, Lénine décida d’en faire un usage immodéré, jugeant que ces «idiots utiles », comme il les dénommait, pouvaient être d’une grande utilité pour le régime. Dans les années soixante, le régime communiste utilisa de tels agents, afin de donner une apparence démocratique aux pays du bloc soviétique, en faisant notamment usage de politiciens plus modérés que les communistes (les sociaux-démocrates, par exemple), ou même des hommes d’Eglise. Tous ces agents ne sont pas conscients de leur action. Les anglo-saxons ont ainsi établi une distinction entre les agents conscients et inconscients. Mais leur domaine de compétence sont variés, puisqu’il peuvent concerner aussi bien les questions politiques, diplomatiques, économiques que militaires. Ainsi, la méthode du lobbying est très utilisée aux Etats-Unis. Déclarée légale, sous certaines conditions, elle fait appel à des agents d’influence. Mais ceux-ci agissent en qualité, et n’ont pas le caractère clandestin existant dans le monde du renseignement.

L’agent dormant : il s’agit d’un agent clandestin implanté dans un pays étranger, exerçant une activité normale, c’est à dire n’ayant aucun lien avec le monde de l’espionnage, et dont le travail d’agent est suspendu pour une période donnée, avant d’être « réveillé » pour une mission précise. Ce type d’agent a été utilisé afin de commettre les attentats de septembre 2001 aux Etats-Unis.

L’agent double : il s’agit ici d’un agent de renseignement professionnel travaillant pour un service de renseignement ou de contre-espionnage, mais retourné par une agence d’un pays adverse, et amené à trahir son service d’origine, tout en restant en place. Les raisons d’une telle trahison ont fait l’objet de nombreuses interrogations des spécialistes du renseignement. Elle peut être la conséquence de ce que les agences appellent le processus MICE (Money, Ideology, Constraint, Ego), c’est à dire une trahison due à l’argent, l’idéologie politique, la contrainte (souvent en raison d’un chantage sexuel, entre autres) ou le caractère narcissique de la personne. Cela étant, ce type de recrutement est valable pour tous les types d’agents, mais d’autant plus remarquable quand il touche un professionnel du renseignement.

L’agent provocateur : personne dont le rôle est de faire commettre à certaines personnes ou organisations, des actes illégaux, dans le but de les discréditer auprès de l’opinion publique.

L’agent de pénétration : un tel agent est intégré, par un service secret, dans un service de renseignement étranger, ou dans une organisation, dans le but d’y collecter un maximum d’informations. Il s’agit sans aucun doute de la mission la plus délicate et dangereuse pour un agent. En effet, il doit, en premier lieu obtenir la nationalité du pays ciblé, puis il doit se faire engager par le service, ce qui n’est pas donné à tout le monde, en raison des mesures de sécurité étoffées des agences gouvernementales. Il doit pouvoir faire valoir une biographie solide, sans « trous », et particulièrement cohérente, ce qui peut prendre beaucoup de temps. Le secret qui les entoure doit être particulièrement hermétique, et les archives ne dévoilent guère les exploits et les identités de tels artistes du renseignement. Tous ces agents remplissent des fonctions précises, à des degrés plus ou moins importants. Mais leur utilité et leur efficacité dans le monde du renseignement dépend grandement des qualités dont ils font preuve en intervenant sur le terrain.

Les qualités propres aux capteurs humains


L’intérêt concernant l’utilisation de capteurs humains, dans la partie « recherche » du cycle du renseignement, est évident. Ils sont les seuls capables de véritablement saisir l’ambiance régnant dans un pays, une organisation, une entreprise, un syndicat ou une personne. Bien sûr, les machines possèdent beaucoup d’avantages, mais à l’heure actuelle, elles ne répondent qu’à une logique binaire. Soit tout est noir, soit tout est blanc. La psychologie n’intervient pas dans ce type de capteurs. L’Homme est donc en mesure de saisir une multitude de détails comportementaux, a priori sans intérêt, mais qui, une fois regroupés, fournissent un renseignement valable. Cela étant, le capteur humain doit posséder certaines qualités s’il veut pouvoir se transformer en une sorte de radar passif, sans attirer l’attention vers lui, surtout lorsqu’il travaille sous une couverture clandestine. Un livre écrit par un romancier soviétique, a raconté l’histoire de l’agent clandestin russe Gordon Longsdale, alias Konon Trofimovitch, dont la couverture était celle d’un riche homme d’affaires (Longsdale sera même anobli par la Reine en obtenant le titre de Sir puis démasqué quelques années après). Cet ouvrage, au-delà de la narration des nombreuses péripéties de ce génie de l’espionnage, s’est principalement attaché à analyser les qualités et la psychologie dont devait faire preuve un agent de renseignement clandestin sur le terrain. Certaines de ces qualités sont également requises pour un agent opérant sous couverture légale, généralement diplomatique. Selon l’auteur, la qualité première d’un agent de renseignement est de pouvoir « se dissoudre dans la foule ». Puis il ajoute : « Je savais bien que si l’on devait remarquer cinq personnes sur trente installées dans une brasserie, je devais être parmi les vingt-cinq quidams anonymes ». Ce soucis de ne pas vouloir « défiler sur les Champs Elysées le 14 juillet » est essentiel et vital. Toute la réussite d’un travail de renseignement repose sur le fait qu’un agent doit ressembler à une personne-type du pays dans lequel il travaille. Chaque pays, chaque région, chaque catégorie socio-professionnelle, est connu pour ses particularismes dans la manière de se comporter ou de se vêtir, et l’agent doit le savoir. Pour cela il doit préalablement étudier les moeurs et la façon de vivre des gens avec qui il sera en contact. Par exemple, l’anglais est un buveur de bière, au même titre que le russe est un grand consommateur de kvas. « Si, en URSS, quelqu’un refuse obstinément un verre de kvas, je vous assure que c’est un espion ». L’auteur cite également l’exemple du médecin anglais : « ils ne portent jamais de blouse, sauf dans le bloc opératoire.[…]Un médecin qui consulte porte un pantalon à rayures, une veste noire avec une fleur à la boutonnière ». Il en va de même dans la façon de parler une langue. Un homme d’affaires britannique travaillant à la City n’a pas l’accent « cockney » des ouvriers de la banlieue de Londres. Pourtant la situation géographique est quasiment identique. De même, l’agent clandestin ne doit, à aucun moment, montrer ses origines véritables. Agranovsky cite le fait que Longsdale était amateur de jeux d’échecs. «Moi, je jouais aux échecs, moyennement pour un soviétique, mais pas mal du tout pour les anglais de l’époque. Je grattais tous mes collègues hommes d’affaires, ce qui pouvait d’ailleurs paraître suspect. Or je n’avais pas le droit de me « mouiller ». Alors, la mort dans l’âme, je me laissais manger des pions ». Ensuite, l’agent clandestin doit être un bon comédien. Il doit pouvoir jouer un rôle « convenant à son caractère, son tempérament, ses penchants, son état concret et sa vocation naturelle : qui est artiste, qui ingénieur, qui garçon de café, qui journaliste, qui médecin, qui concierge. Ce qui importe encore plus que la profession, c’est qu’on ne trouve rien à redire à qui la pratique. Si je suis businessman (Longsdale est agent soviétique), mon caractère ne doit pas m’empêcher de payer mes impôts dans les formes ». L’auteur rappelle qu’Al Capone a été arrêté pour non-paiement des impôts.



L’agent doit aussi avoir un minimum de «jugeote », selon les propos d’Agranovsky, c’est à dire « être toujours correct, modeste, judicieux, réfléchir avant de parler, être maître de soi, avoir le sens de l’analyse rapide, prendre des décisions et des mesures sages ». En effet, l’agent est considéré comme un capteur «à fonctions multiples ». Son rôle ne doit pas se limiter à saisir une situation particulière, mais à la comprendre et à prendre des mesures allant dans le sens de son travail. L’analogie au jeu d’échecs est claire. Jouer, mais penser à ce que pourront être les manoeuvres adverses afin de pouvoir constamment réactualiser sa stratégie. L’auteur précise que la tête n’est pas uniquement faite pour porter le chapeau (Longsdale a exercé principalement en Angleterre), mais aussi pour penser. En somme, l’agent clandestin ne ressemble pas à l’image de l’espion que nous pourrions avoir. L’auteur fait dire à Longsdale : « je ne me suis jamais collé de moustaches, ni de barbes[…]. Tout cela n’est que bêtise parce que le résident et ses informateurs n’ont besoin ni de pénétrer secrètement quelque part (à de très rares exceptions près !), ni de grimper aux fenêtres avec une échelle de corde. Non, c’est un travail d’abord et avant tout minutieux, difficile, qui requiert de grands efforts, de l’attention, de la volonté, des connaissances sérieuses et une compétence considérable ». Afin d’obtenir un maximum de renseignements de la part d’informateurs conscients ou non, l’agent doit pouvoir se faire des amis « nécessaires ». Pour cela, il existe une méthode d’approche expliquée dans un ouvrage de Dale Carnegie, Comment se faire des amis, dans lequel sont expliqués certains principes de la communication, les moyens de rallier quelqu’un à votre point de vue, les moyens de plaire aux gens ainsi que les moyens de faire changer quelqu’un d’avis sans l’indigner ni le vexer. En fait, l’agent, clandestin ou non, doit être fondamentalement curieux, le rapprochant ainsi du métier de journaliste, activité fréquemment choisie comme couverture par les agents de renseignement. L’agent passe son temps à mentir. C’est une question de survie. Mais pour mentir, une excellent mémoire est vitale. Non seulement pour retenir toutes les informations recueillies, mais aussi pour être constamment cohérent avec sa biographie. Agranovsky cite le cas où l’agent Longsdale s’était présenté au guichet d’un aéroport londonien avec un faux passeport. Mais lorsque le guichetier lui demanda son nom, comme ce fut longtemps la règle en Angleterre, il ne s’en souvenait plus. «Impossible de jeter un coup d’oeil, je n’avais plus le passeport en main. Me voilà dans de beaux draps… Que faire ? Il attend. Je ne dis pas un mot. Enfin, après un temps de silence, je lui dis tranquillement : mettez le nom de famille qui figure dans le passeport. Il m’a regardé d’un air éberlué, puis il a éclaté de rire comme si je l’avais chatouillé ». La réussite d’une opération de renseignement dépend donc essentiellement de la valeur d’un agent. Mais ceux-ci sont rares, non seulement en raison des nombreuses qualités requises, mais aussi en raison du temps que nécessite la formation et l’implantation d’un agent dans un pays ou dans une organisation. Le temps et la patience sont des éléments clés du renseignement. En outre, un agent ne travaille quasiment jamais seul, bien qu’il puisse disposer d’une marge de manoeuvre plus ou moins grande. Il fait alors partie d’un réseau, d’un orchestre, dont il est soit le chef, soit un musicien parmi d’autres.

Par spy-drew - Publié dans : Informations recrutement espions/espionnes
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Lundi 20 avril 2009


INTRODUCTION

Les Hommes ont toujours eu le besoin de connaître, par nécessité ou par simple curiosité, ce qui se passait dans leur environnement proche ou plus éloigné. Bien sûr, la nature des informations recherchées a certainement évolué dans le temps, mais la finalité n’a jamais changé au fil des siècles. L’Homme pourrait ainsi être considéré comme un homo curiosis ne pouvant se satisfaire de sa propre sphère de connaissances. La quête de l’information inconnue, inaccessible ou difficilement accessible, dissimulée volontairement, ou encore totalement inexistante, mais dont la légende ou les bruits de couloir l’ont érigé en probable réalité, constitue une pratique souvent inconsciente, en raison peut-être de son caractère inavouable, mais pourtant de plus en plus usitée.

I- Du renseignement

Chaque être humain cherche constamment à connaître ce qu’il ignore. Il le fait généralement de manière constructive, témoignant ainsi d’une activité cérébrale, ce qui le différencie des animaux. Ces derniers bénéficient de leur instinct de survie, et leur quête du renseignement se limite à localiser l’endroit susceptible d’abriter une proie pour les nourrir. Mais en aucun cas, cette recherche n’est la conséquence d’une réflexion. Seul l’Homme est capable de se rendre compte qu’il engage une démarche intellectuelle à plus ou moins grande échelle, selon les capacités de chacun. Les activités les plus anodines telles que la visite d’un membre de sa famille un dimanche après-midi fait l’objet d’une recherche d’informations : connaître l’adresse de l’habitation, se procurer des cartes géographiques de la région, déterminer le chemin le plus court ou le plus convivial pour s’y rendre, savoir si la grand-mère préfère les roses rouges ou jaunes, etc… Le résultat de ces recherches, leur analyse, leur traitement fait apparaître un renseignement. Mais avant d’aller plus loin dans notre exposé, nous allons proposer quelques définitions.

1- Définitions

Le dictionnaire Larousse donne la définition suivante du terme « renseignement » : « indication, éclaircissement servant à faire connaître une chose ; Connaissances de tous ordres sur un adversaire potentiel, utiles aux pouvoirs publics et au commandement militaire ». Selon Mr Warusfel, le renseignement «est au commencement de toute action de défense ou de sécurité. Il permet de déterminer l’objectif, d’apprécier les moyens et le dispositif de l’adversaire (donc de dimensionner les forces dont on aura besoin). L’absence ou l’insuffisance de renseignement expose à des risques inutiles. C’est l’instrument de décision. ». Selon Pierre Joxe, ancien ministre de la Défense, il s’agit également d’un « instrument de survie, de puissance et de cohérence ».

Il apparaît donc que le renseignement est devenu un instrument non seulement de curiosité, de traitement de l’information, mais aussi un élément essentiel de la politique de défense d’un pays. Il intervient quotidiennement dans un contexte pacifique mais aussi de plus en plus souvent dans un environnement belliqueux. Ainsi est-il fait référence à « l’adversaire » dans la seconde définition proposée. Le renseignement, tel qu’envisagé à notre époque, ne se conçoit plus guère que dans un cadre de rapports de forces entre diverses puissances militaires, économiques ou diplomatiques. Il n’est dès lors plus permis de ne pas savoir ce qui se passe ailleurs sous peine de ne plus être capable de réagir et d’adapter son action sur la scène nationale ou internationale. L’acquisition du renseignement ne concerne plus seulement les Etats. Les entreprises commerciales sont de plus en plus intéressées par le concept d’intelligence économique et parfois touchées par des actions d’espionnage industriel. Mais dans ces deux cas de figure, l’objectif est le même : tenter de tout connaître sur son adversaire car celui-ci s’évertue à dissimuler au mieux les informations qu’il jugera sensibles.

2- La dissimulation d’informations

Il peut paraître étonnant à notre époque de nous interroger sur la légitimité ou non des Etats, ou des entreprises, d’abriter des regards indiscrets sur certaines données pouvant avoir un caractère parfois vital. Mais ce sujet a été débattu, et a fait l’objet de réflexions, notamment celles de Spinoza, précisant, au sujet des « mensonges et tromperies entre Etats », qu’ils se pratiquent au nom des intérêts de l’Etat, établissant ainsi son caractère licite. De même, l’usage de la ruse et l’acquisition de renseignements dissimulés ont-t-ils été discutés dans divers documents. Ainsi l’article 24 de la Convention de la Haye du 18 octobre 1907 sur les lois et coutumes de la guerre dispose que « les ruses de guerre et l’emploi des moyens nécessaires pour se procurer des renseignements sur l’ennemi et sur le terrain sont considérés comme licites ». Mais bon nombre d’intellectuels de l’époque des Lumières considéraient l’acte de dissimulation comme « blâmable ». Il faut cependant constater que la dissimulation est devenue une pratique usitée par tous et qu’elle a pour conséquence la mise en oeuvre d’une politique de renseignement dont les objectifs sont de plus en plus nombreux.

3- Les objectifs du renseignement

Les objectifs sont multiples et ont tendance à se multiplier en fonction de la complexité organisationnelle de l’adversaire. Un petit Etat comme la Papouasie Nouvelle Guinée demandera moins d’efforts de collecte d’informations et de traitement qu’un empire tel que les Etats Unis d’Amérique. Ceci est vrai sur le plan quantitatif et qualitatif.

Quantitatif car les données concernant un Etat puissant et présent partout sur le globe sont beaucoup plus nombreuses qu’un pays dont la sphère d’influence se limite à un niveau régional. Qualitatif car l’intérêt de connaître un adversaire est plus ou moins important selon que ce dernier est fort ou faible et que son influence est plus ou moins vaste. L’objectif principal est donc de connaître son ou ses adversaires. Pendant la guerre froide, qui avait opposé le camp occidental et le camp soviétique, on ne parlait que très rarement d’adversaires. On évoquait plus facilement le terme « ennemi ». Celui-ci était clairement identifié et la quasi totalité des activités de renseignement, de la part des grandes puissances, étaient portées sur « l’ennemi », qu’il soit d’un côté ou de l’autre, selon le point de vue duquel on se place. Or, de nos jours, les données sont différentes. La guerre froide n’a plus lieu, et depuis la dislocation du géant soviétique, les menaces sont moins bien identifiables et beaucoup plus diffuses. Quels Etats doivent faire l’objet d’une attention plus particulière ? Pourquoi?

De plus, ces derniers temps, les objectifs du renseignement ont été réorientés vers le monde économique. Une véritable « guerre économique » mondiale, globale, a commencé et sans aucune déclaration préalable. L’affrontement n’est plus strictement inter-étatique. Des entreprises de toutes natures sont devenues les acteurs de cette guerre, et il n’est pas rare de voir se concurrencer sur un marché des entreprises d’un même pays. Le débat est permanent sur le bien fondé ou non de la mondialisation. Cela étant, ce phénomène existe et il faut en tenir compte pour tenter de comprendre plus précisément les différentes conséquences qu’il engendre. Dans le cadre d’une bataille militaire, le vainqueur risque d’être celui qui a le meilleur équipement et les renseignements les plus pointus. Dans le monde des entreprises, le raisonnement est à peu de choses près identique. Pour être compétitive, une entreprise doit bénéficier de structures efficaces et rapidement adaptables aux évolutions, d’informations fiables concernant l’état du marché et les différents acteurs économiques, afin de proposer des produits susceptibles de rencontrer l’adhésion de la demande. En cette ère « révolutionnaire » de la communication omniprésente, l’objet de valeur le plus recherché est sans aucun doute l’information et donc le renseignement mis à la disposition des décideurs. Celui qui ne sait pas ce qui se passe est aveugle et la cécité dans le monde des affaires est un défaut dont les conséquences sont très claires : la disparition à court terme de la scène économique. Alors les entreprises doivent s’informer et elles engagent dans ce but des stratégies diverses. Pour cela elles doivent se fixer des objectifs, non pas purement commerciaux, mais concernant davantage l’acquisition de renseignements.

Dès que le type d’adversaire est identifié, il est nécessaire de cerner l’environnement de son adversaire. Quelle est sa position géographique ? Avec quels inconvénients ou avantages topographiques doit-il compter ? Comment fonctionne-t-il ? Quelles sont ses ressources ? Quelles sont les entreprises les plus importantes ? Comment se défend-il militairement ? Toutes les réponses à ces interrogations vont aider à déterminer les intentions et la ligne de conduite que cet adversaire pourrait adopter. Ainsi, sera-t-il possible d’anticiper ses actions, et d’éventuellement les contrer si elles portent atteinte à des intérêts déterminés. Mais afin d’espérer obtenir des réponses aux questions que l’on se pose à propos d’un objectif, il va falloir faire appel à différents types de renseignements.

4- Les différentes catégories de renseignements

Il ne s’agit pas ici d’opérer une classification des méthodes d’acquisition du renseignement, mais d’essayer de différencier les différentes natures de renseignements susceptibles d’être obtenus. Selon Jacques Baud, il existe une dizaine de types de renseignements :

Basique : concerne les données les plus connues et généralement inscrites dans une encyclopédie.

Au combat : se réfèrent aux informations militaires obtenues sur le terrain et situées au niveau tactique.

Biographique : rassemble le plus d’informations possible sur une personne civile ou militaire: études effectuées, fonctions actuelles, opinions, habitudes, faiblesses, etc.

Economique : concerne toutes les informations à caractère économique d’un pays, d’une entreprise, d’une organisation : évaluation générale et potentiel économique.

Electronique : catégorie de plus en plus mise en exergue regroupant toutes les interceptions ou acquisitions effectuées au moyen de matériels électroniques.

Géographique : ensemble de données concernant la géographie physique, humaine et sociale.

Militaire : informations inhérentes aux forces armées (ordres de bataille, équipements, stratégies, tactiques, logistique, instruction, potentiel).

Des objectifs : concerne l’acquisition, l’analyse et la sélection des objectifs dans le cadre d’un conflit de type nucléaire.

De situation : regroupe les informations traitées quasiment en temps réel sur la situation actuelle d’un pays ou, plus précisément, d’une zone de bataille.

Technologique : rassemble les acquisitions de capacités technologiques et la connaissance du niveau d’un pays dans ce domaine.

La grande variété de ces informations doit cependant être considérée dans une politique globale de recherche du renseignement initiée par le gouvernement ou l’état-major d’une entreprise. Cette politique se retrouve dans ce qu’on appelle le cycle du renseignement dont nous allons observer les grandes lignes.

5- Le cycle du renseignement

Le cycle varie plus ou moins selon les différents Etats. Mais il est généralement quasiment identique, et décrit le plus souvent un processus divisé en quatre étapes et consistant à décider de l’obtention de certaines informations brutes, et d’en concevoir, après traitement, un renseignement utilisable par les commanditaires.
1ERE ETAPE : LA PLANIFICATION

Elle s'applique à l'ensemble du processus de production du renseignement et consiste à établir des plans faits pour répondre aux exigences du gouvernement en matière de renseignement de sécurité. On définit alors une approche stratégique coordonnée en tenant compte des besoins des demandeurs. Puis on diffuse aux services spécialisés l’objet de la demande et l’autorisation de procéder à sa recherche.
2EME ETAPE : LA COLLECTION

Il s’agit ici de rassembler un maximum d’informations disponibles. Elles peuvent se trouver auprès de nombreuses sources de natures différentes : sources ouvertes, c’est à dire libre d’accès et sans restriction de type « confidentiel » ou « secret ». Il s’agit de la presse, de documentations disponibles sur Internet (malgré leur caractère parfois peu fiable), d’ouvrages, d’émissions radiophoniques ou télévisuelles, etc. Mais il existe également des sources moins accessibles et très protégées. L’acquisition de tels renseignements fait souvent appel à des méthodes clandestines car illégales. Lorsque les informations recueillies sont jugées suffisantes, il est procédé à leur exploitation.
3EME ETAPE : L’EXPLOITATION OU L’ANALYSE

C’est à ce moment que l’information brute devient un renseignement exploitable, après un traitement durant laquelle elle est évaluée, recoupée avec d’autres éléments contenues dans divers fichiers, analysée, synthétisée et finalement interprétée. Dès lors, le renseignement est envoyé au décideur qui en avait fait la demande.
4EME ETAPE : LA DIFFUSION

A ce moment du cycle, le commanditaire obtient en général la réponse à ses interrogations. Cette étape se traduit par la production de documents sous des formes diverses (écrits, photos satellites, documents sonores, graphiques ou même diffusion orale lorsque le sujet est très sensible). Cette organisation de la recherche de l’information est incontournable. Elle se manifeste dans tous les domaines d’activités du renseignement.

 

6- Les différentes activités du renseignement

Il existe deux activités principales : le renseignement extérieur et le contre-espionnage.

Le renseignement extérieur : la définition la plus complète est sans doute celle donnée par le Executive Order n°12036 de janvier 1978 sur les activités de renseignement des Etats-Unis d’Amérique : « Renseignement concernant les capacités, intentions et activités de puissances, d’organisations ou de personnalités étrangères. Il ne comprend pas le contre-renseignement, à l’exception des renseignements sur les activités terroristes ». Il peut se pratiquer de manière légale en usant de sources ouvertes, comme nous l’avons vu avant. Mais il concerne aussi l’espionnage c’est à dire la collecte discrète d’informations secrètes.

Le contre-espionnage (CE) : trois sens, peuvent être attachés à ce concept.

Le CE actif ou répressif : il s’agit de la recherche et de l’arrestation d’espions ou d’agents étrangers en opération sur le territoire concerné. En France, cette activité est effectuée dans le cadre d’une procédure judiciaire officielle.

Le CE passif ou défensif : il vise à gêner ou empêcher les activités d’espionnage d’un groupuscule étranger (que ce soit un gouvernement ou une entreprise pratiquant l’espionnage industriel). Il peut être entrepris sur le territoire national ou à l’étranger.

Le CE offensif : il cherche à obtenir des informations sur les services de renseignement étrangers afin de mieux connaître leurs méthodes et leurs intentions. Il tente aussi de les intoxiquer en diffusant des informations erronées.

Ces objectifs sont possibles soit en recrutant un membre « en-place » de ces services, soit en y plaçant un agent-double.

La demande des différents gouvernements en renseignements, et la masse de données à récupérer et traiter a eu pour conséquence la création, vers la fin du XIXème siècle, de services spécialisés dans ce domaine.

7- L’institutionnalisation du renseignement

Cette institutionnalisation consiste à organiser l’établissement d’organismes administratifs, dépendants des autorités gouvernementales, chargés de mener les enquêtes ou les activités de renseignement. Ce phénomène a été observé pendant la période séparant la guerre franco-prussienne de 1870 et le premier conflit mondial de 1914, et surtout sur le continent européen. Nous pouvons toutefois noter l'existence, au XVIIIème siècle, d’un état-major français spécialisé dans le renseignement, notamment au cours des guerres révolutionnaires, mais dont la durée de vie se limitait à la campagne militaire. C’est au cours du XIXème siècle que cette activité nouvelle, en tant que concept organisé et dirigé soit vers l’étranger, soit contre les éléments considérés comme subversifs au sein même de l’Etat, est devenue autonome, afin d’être ultérieurement confiée à un service spécialisé agissant en permanence et non plus uniquement en temps de guerre. C’est ainsi qu’en France, le deuxième bureau de l’état-major centralisait les informations provenant des ministères à même d’obtenir des informations de l’extérieur : ceux de la Guerre et des Affaires étrangères.

La création, à travers le monde, de services « spéciaux », a donné naissance à une véritable communauté du renseignement, dont les effectifs croissent d’année en année. Chaque Etat en dispose. Ils sont plus ou moins nombreux selon l’importance donnée par un gouvernement à cette activité. Ainsi, la communauté américaine de « l’intelligence » s’élève à près de 150.000 membres. A titre de comparaison, la France n’en compterait qu’une dizaine de milliers. La conséquence de cette institutionnalisation est ce qu’Alain Dewerpe dénomme « la bureaucratisation du secret». Etant donnée le caractère particulier de ces services, ces derniers sont régulièrement qualifiés d’Etat dans l’Etat, non seulement en raison de leur influence sur les décideurs mais aussi du fait des nombreuses précautions mises en oeuvre afin de les protéger d’éléments nuisibles. Ainsi est-il nécessaire de créer des procédures d’habilitation du personnel et de classification des informations provenant de toutes sortes de documents établis au sein de ces administrations.

Le renseignement représente donc un ensemble de facteurs très nombreux, variés et complexes. Il faut cependant garder à l’esprit que son existence (et donc sa valeur et son caractère déterminant dans l’orientation des décideurs) dépend principalement des moyens d’acquisition des informations dont il est issu. Ce qui pose le problème des moyens mis en oeuvre à cet effet, c’est à dire « l’ensemble des ressources (personnes, groupes, relations, appareils ou installations) à la disposition d’un service de renseignements ». La nature de ces moyens ont sensiblement évolué, notamment depuis l’apparition d’instruments technologiques, plus ou moins efficaces, au cours de ce dernier siècle.

II- Evolution historique des moyens d’acquisition du renseignement

La question de l’acquisition d’informations protégées, ou disponibles ouvertement est une préoccupation majeure des responsables du renseignement. L’idéal serait sans doute de tout savoir. Tous les spécialistes des services spéciaux ont conscience du caractère utopique de cette affirmation. Ils sont d’ailleurs les premiers à se savoir constamment en état d’ignorance et ne démentiraient certainement pas Montaigne qui écrit que « l’ignorance qui se sait, qui se juge et qui se condamne, ce n’est pas une entière ignorance : pour l’être, il faut qu’elle s’ignore soi-même ». En fait, il s’agirait plutôt de connaître tout ce qui est intéressant. Pour cela, nous l’avons dit plus haut, il faut pouvoir utiliser des capteurs. Aujourd’hui, ces derniers sont, théoriquement, nombreux. Ils n’ont cependant pas toujours été aussi abondants. C’est la raison pour laquelle l’Homme a longtemps constitué l’unique moyen de renseignement des différents gouvernements et armées.

1- L’espion comme unique source de renseignement

Le terme «espion » est apparu dans la langue française au XVIIIème siècle. Il vient, et a été dérivé, du mot spiare qui signifie épier. Dans la perse Antique, les espions étaient « les yeux et les oreilles du Grand Roi », montrant ainsi les relations entre le monde de l’ombre et la puissance publique. La dictionnaire Larousse précise que l’espion est une « personne chargée de recueillir des renseignements sur une puissance étrangère, qui épie, observe, cherche à surprendre les secrets d’autrui ». Celui qui remplit cette mission a donc une tâche difficile à accomplir et parfois aussi à vivre.

Les métiers du renseignement ont été décriés et le sont encore de nos jours. Le Dictionnaire de l’Académie participa, à son époque, en 1694, aux critiques : « celui qui espie, observe secrètement et adroitement quelqu’un pour luy nuire » est un être méprisable. D’autres figures marquantes du XVIIème siècle, tel que Vattel, clamaient qu’un « homme d’honneur, qui ne veut pas s’exposer à périr par la main du bourreau, ne fait point le métier d’espion ; ce métier ne peut s’exercer sans quelque espèce de trahison » ; de même Montesquieu fustige par une phrase détonante cette activité : « L’espionnage serait peut- être tolérable s’il pouvoit être exercé par d’honnêtes gens ; mais l’infamie nécessaire de la personne peut faire juger de l’infamie de la chose ». Cette réprobation s’est manifestée par la suite dans la plupart des oeuvres littéraires célèbres. Ceci explique sans doute une autre raison de la grande discrétion du métier. L’espion est toutefois un « mal nécessaire » et l’opinion publique commence à considérer au Xxème siècle que le nécessaire prend l’avantage sur le mal.

La discussion relative au caractère moral ou non de l’espionnage s’est nettement essoufflée entre les deux guerres mondiales, pour finalement disparaître presque totalement à l’issue du second conflit, en 1945. On estime dès lors que la finalité patriotique du renseignement possède une légitimité supérieure à toute autre considération moraliste. En effet, l’espion est d’une certaine manière «sauvé » par le service rendu à la patrie. Il devient même honorable. Il ne pratique pas son métier dans un but lucratif mais au service d’un idéal, d’une conviction, notamment celle d’appartenance à une unité sociale à laquelle il est attaché. Allen Dulles, Directeur de la CIA de 1953 à 1963, avait écrit à leur sujet : « Nos gens ne se dirigent pas vers le renseignement pour en tirer une récompense financière, ou parce que le service, en échange de leurs travaux, peut leur donner un grade élevé ou les faveurs du public. Ils sont là parce que l’occasion leur est offerte de servir leur Patrie, parce que ce travail est passionnant, parce qu’ils croient que, dans ce service, ils peuvent personnellement contribuer à la sécurité de notre nation ».

Les fictions littéraires ou cinématographiques ont même fait de l’espion une sorte de héros, capable de se sortir de tous les troubles et de parvenir à ses fins, malgré les nombreux obstacles dressés sur son chemin. Ces productions intellectuelles ont assurément servi de propagande à une époque où la guerre froide, ne pouvant se jouer sur le terrain militaire en raison de la dissuasion nucléaire, avait déplacé le terrain d’affrontements au niveau de la manipulation des esprits. Cela étant, si l’espion est célébré comme un héros dans son propre camp, il est en général considéré comme une future victime du poteau d’exécution, sans aucune autre forme de procès. Par chance, ou plutôt par maturation spirituelle, certains juristes ont amélioré le « statut » de l’espion. Ainsi l’article 30 de la Convention de La Haye de 1907 dispose que « l’espion pris sur le fait ne pourra être condamné sans jugement préalable ».

Que ce soit en temps de guerre ou de paix, l’action de voler des informations est légitimement condamnable. Il faut cependant différencier les deux types d’espions condamnables en cas de flagrant délit. Si l’agent pris est étranger, il risquera la peine destinée à le châtier en tant que tel. Mais si l’espion est un traître, les conséquences sont multiples puisqu’il devra subir la peine maximale et, de surcroît, la flétrissure de toute une nation, d’autant plus forte que le pays est totalitaire. Même en France, au Moyen Age, on punissait de manière radicale les traîtres. Ainsi en fut-il ainsi lorsque, pendant la guerre de Cent Ans, opposant la France et l’Angleterre, un conflit d’intérêts entre Armagnacs, soutenant la famille royale française, et les Bourguignons, favorables aux Anglais, fit rage en France. La prise du pont de Saint-Cloud par les Armagnacs avait été facilitée par la trahison du dénommé Colinet de Puiseux. Après son arrestation, celui-ci fut « amené à l’échafaud, dépouillé, mis tout nu et décapité. Il fut dépecé et se quatre membres furent suspendus chacun à l’une des portes principales de Paris, et son corps fut mis dans un sac au gibet ».

L’espion, dont l’image peut parfois être associé, à tort, à un surhomme, n’en est pas moins un Homme. Car jusqu’à très récemment, au regard de l’ancienneté de l’Histoire de l’humanité, l’Homme a été l’unique source et le seul intercepteur d’informations dans le monde du renseignement. Les premiers textes évoquant les activités d’espionnage datent de l’Antiquité. A cette époque, le seul intérêt de l’espion est de récupérer des informations de type militaire :

géographie physique, cartographie, armement ennemi. Ramsès II d’Egypte luttant, au XIIème siècle av. JC, contre ses ennemis d’Anatolie centrale, les Hittites, avait à son service des espions chargés d’intoxiquer l’ennemi. Les stratèges de la Grèce Antique s’intéressaient aussi aux techniques de renseignement. Xénophon insiste dans L’Hipparque sur l’importance des espions : ils doivent se familiariser dès le temps de paix à la fois avec le pays ami et le pays ennemi. Il faut aussi avoir à son service des agents dans les Etats neutres et parmi les marchands.

De même Jules César fit-il un usage intensif des espions. Réputé pour ses succès militaires, celui-ci a pour habitude de ne pas envoyer ses légions à la guerre sans avoir auparavant pris la précaution d’envoyer des éclaireurs particuliers. Un de ses officiers, Volusénus Quadratus, se rendit célèbre par la qualité de ses observations de la Bretagne, île très peu explorée à cette époque (la Grande-Bretagne actuelle). Mais César, à l’instar des égyptiens, faisait aussi régulièrement appel aux marchands, à qui il demandait de rapporter des informations classiques, mais également politiques : coutumes, institutions, etc. Cette avance conceptuelle des romains en matière de renseignement est à mettre en parallèle avec les gaulois qui avaient une idée différente de la guerre. Selon certains spécialistes, les gaulois ne craignaient pas la mort, ce qui se reflétait sur leur techniques de combat consistant à se ruer en masse sur leur ennemi. «S’ils étaient vaincus, c’est que les Dieux les avaient abandonnés et n’approuvaient pas leur résistance ; il ne restait donc qu’à se soumettre ». Il semble pourtant que Vercingétorix ne céda pas toujours au fatalisme de leurs croyances, et faisait, lui aussi, appel à des éclaireurs, mais pas de manière systématique.

L’Empire byzantin a également entretenu des réseaux d’informations. Un de ses points forts consistait en la mise sur pied d’opérations de guerre psychologique afin de diviser et affaiblir ses adversaires. Mais ils ont également contribué à la théorisation de l’espionnage. Un des empereurs de Byzance, Maurice (582 à 602), avait écrit un ouvrage de stratégie militaire, le Strategikon ,dans lequel il note qu’il «faut envoyer constamment et à intervalles réguliers des éclaireurs vigilants, des espions et des patrouilles pour obtenir des renseignements sur les mouvements de l’ennemi, ses forces et son organisation, de façon à se prémunir contre les surprises ». De même le souverain Léon VI (865-911) porte de l’intérêt pour les traîtres : « Tenez-leur vos promesses s’ils vous disent la vérité, non seulement à cause d’eux, mais afin de vous en attirer d’autres. L’utilité qu’on retire d’un bon espion est beaucoup au-dessus de ce qu’on lui donne ».

En Occident, au Moyen Age, seuls peu de documents nous sont connus sur les techniques de renseignement utilisées. Il apparaît cependant que les réseaux entretenus par les Templiers étaient d’une remarquable efficacité puisque le Pape Clément V, avant d’engager une Croisade en 1306, avait convoqué Jacques de Molay, Grand Maître de l’ordre du Temple, fin connaisseur de l’Orient, en raison des bons rapports entretenus par les Templiers avec le monde musulman.

En ce qui concerne le royaume d’Angleterre, celui-ci eu très tôt le sentiment de l’utilité d’un service de renseignement permanent, contrairement à la plupart des autres pays européens. Il en fut ainsi sous le règne d’Elizabeth en raison du contexte politique de l’époque. Les guerres de religion entre les pays catholiques et ceux favorables au protestantisme vont se régler non seulement sur les champs de bataille, mais aussi dans l’ombre. Afin de se tenir informée des intentions des ennemis de l’île, la reine va demander au grand Trésorier et chef de son Conseil privé, William Cecil, baron Burgley, de recueillir des informations. Celui-ci fonda donc un service d’espionnage et de contre-renseignement moderne, la « Défense de l’Etat ». Ses agents étaient recrutés d’une manière innovante et dont le Royaume Uni du Xxème siècle se sert encore. Ainsi les meilleurs éléments du service étaient-ils remarqués dans les prestigieuses universités du pays ce qui, beaucoup plus tard, inspirera les services spéciaux russes qui y recruteront les «Cinq de Cambridge », Burgess, Mac Lean, Philby, Blunt et Cairncross, cinq britanniques qui accepteront, par idéologie pro-communiste, de trahir leur pays.Nous ne pouvons pas nier dans cette rapide rétrospective, consacrée à l’espion, le rôle des femmes dans le renseignement. Leur apparition dans le monde assez masculin des affaires de l’ombre correspond avec une certaine idée de la modernisation des esprits. Longtemps, les femmes ne bénéficiaient pas dans leur vie d’un statut équivalent à celui du pater familias, reléguant l’épouse à un rôle secondaire dans les affaires familiales, hormis pour les tâches domestiques. Ce fut aussi le cas pour leur implication dans la recherche discrète de l’information. Si les premières affaires mettant à l’oeuvre des femmes patriotes et idéalistes datent de la Révolution française, des situations beaucoup plus anciennes ont montré que les espionnes étaient caractérisées par leur esprit vénal, aventurier et manipulateur. C’est ainsi que la Bible retrace l’histoire de Samson qui, ensorcelé par les charmes de Dalila, avoua le secret de sa force et ne put ainsi remplir sa mission de sauveur d’Israël.

L’action des femmes dans la guerre est toutefois intéressante. Rares sur le champ de bataille et ne portant par conséquent pas d’uniformes, elles étaient plus logiquement encouragées à se porter sur le travail clandestin. Ce fut notamment le cas pendant la seconde guerre mondiale durant laquelle Marie-Madeleine Fourcade se trouvait à la tête du réseau Alliance, un de ceux chargé du renseignement militaire en France, et renforcé par la présence de quelque trois mille agents et de matériels d’émission radio. Beaucoup ont critiqué leur apparition dans le « domaine réservé » que constituait celui da la guerre. Le Général de Gaulle ne les aimait apparemment pas, « l’idée de parachuter de jeunes anglaises du SOE en France occupée ne lui plaisait pas ». De même, selon l’espion soviétique Richard Sorge, « la femme est incapable de tout travail sérieux d’espionnage (…) trop émotive, trop dépourvue de raison et de sang-froid ». Cette dernière remarque peut ne pas être totalement dénuée de bon sens, mais elle peut aussi être réfutée catégoriquement, puisque quel que soit l’agent, masculin ou féminin, le manque d’entraînement pour ce type de missions particulières peut avoir les mêmes conséquences catastrophiques. Malgré les déclarations de Sorge, les soviétiques se montrèrent plus clairvoyants sur le rôle important susceptible d’être joué par les femmes. Ainsi le KGB et les autres services spéciaux russes n’hésitèrent-ils pas à recruter des agents féminins, contrairement au FBI américain interdisant son accès aux femmes jusqu’en 1972. L’Homme a donc longtemps été le seul moyen d’acquisition de l’information secrète. L’espion n’avait donc d’autre choix que de mettre en oeuvre des méthodes souvent risquées afin d’accomplir ses missions. Le monde du renseignement a toutefois changé ses méthodes d’acquisitions depuis l’apparition des nouvelles techniques et technologies, ce qui a pu, dans certains cas, faciliter grandement la vie de l’espion.

La suite à cette adresse :  http://associationeden.ifrance.com/associationeden/memoireaw.pdf

 

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Lundi 20 avril 2009


L'agent de renseignement est parfois contraint d'inciter des actes répréhensibles ou réprouvés par la morale des honnêtes gens. La finalité de la mission censée représenter des intérêts supérieurs fait qu'il n'hésite pas à employer la ruse pour parvenir à ses fins, mais cela ne saurait suffire. Pour que toute incitation ait une chance d'agir sur la cible, il faut que l'agent possède un plus. C'est là que réside une partie du pouvoir personnel.

Sans parler de charisme, l'agent doit développer son pouvoir personnel qui donnera envie aux autres de l'approcher, de le connaître et, pourquoi pas, de lui être agréable. L'idéal étant de conduire l'autre à penser que l'agent est plus important que lui-même. C'est seulement à partir de cet instant que la personne fera passer ses intérêts personnels au second plan et qu'elle servira peut-être loyalement l'agent ou la cause qu'elle semble avoir faite sienne.

Le pouvoir personnel ne doit pas être confondu avec la recherche de la popularité ou d'une quelconque sympathie. La première est à fuir pour d'évidentes raisons de sécurité, quant à la seconde, elle tend à estomper les barrières sociales et humaines. Le risque étant d'inciter l'autre à devenir familier avec son traitant et à chercher à en savoir plus que nécessaire, voire s'enhardir à poser des questions indiscrètes.

Atteindre un but dépend des relations établies avec le sous-agent et de la qualité du contact. Si la finalité de l'agent n'était pas déclarée mais cachée, il pourrait à la rigueur se passer de tout pouvoir personnel.

Si les gens ne sont pas tous conscients de la façon dont ils observent autrui, ils ne laissent cependant rien passer. Nous ne le répéterons jamais assez, la première apparition fut-elle fugitive, suffit à donner une impression favorable ou défavorable. Elle est capital. Pour attirer, l'agent doit bénéficier d'une caractéristique qui le démarque des autres personnes et qui donne envie de l'approcher. Ceci est purement égoïste et intéressé, mais qu'importe. L'agent n'est-il pas disposé à profiter de toutes les failles de la cible ?

L'agent va devoir se bâtir une nouvelle personnalité, à moins que cela n'est déjà fait. Si ce n'est pas le cas, il commencera par être critique à l'égard de soi et analysera sa façon d'entrer en rapport et à établir une communication avec les autres. Grâce aux connaissances acquises, cela ne devrait en principe plus poser de problème.

Il ne sert à rien de forcer à vouloir se rendre sympathique. Il faut parvenir à l'être vraiment. Pour ce faire, l'agent doit vivre la sympathie de l'intérieur et que l'autre la ressente comme telle. Au début, cela nécessitera quelques efforts de sa part et quelques agencements avec sa personnalité. Il lui faudra procéder graduellement et par étapes. Commencer par réduire ses humeurs capricieuses, ses pulsions agressive, sa susceptibilité et bannir les mots populaires et familiers de ses conversations.

L'intelligence séduit, la gentillesse rassure, mais l'autoritarisme éloigne. Il faut plutôt suggérer qu'affirmer pour conduire l'autre à penser qu'il mène le bal et que c'est bien lui qui désire établir ou maintenir la relation. L'agent ne semblera jamais mielleux, mais il ne laissera aucune place au manque de tact le plus élémentaire, ni à la brusquerie. Il ne fera rien qui pourrait déconsidérer l'autre, même en apparence. Au contraire, il lui donnera à penser qu'il est extraordinaire, tout en se méfiant de la flatterie. Cette dernière donne à penser que l'autre est supérieur, ce qui va à l'encontre du pouvoir personnel. Il suffit à l'agent de s'affirmer tout en respectant, en valorisant autrui. Un compliment venant d'un être peu estimable ne valorise guère. Par contre, s'il émane d'une personne jugée bien comme il faut, il flatte l'ego.

L'agent ne doit pas en déduire qu'il lui faille occuper une fonction représentant un statut social élevé. L'autorité reconnue et acceptée n'a rien à voir avec le pouvoir personnel. Le chat parti, les souris dansent. Ce qui ne doit jamais être le cas à l'égard d'une personne bénéficiant d'un pouvoir personnel réel. La richesse non plus ne saurait y être assimilée. Bien souvent, elle provoque l'insolence et l'orgueil qui vont à l'encontre du but recherché. L'individu pense qu'il peut tout acheter et que ce n'est qu'une question de prix. Le chanceux, lui aussi, peut paraître inadapté par l'arrogance avec laquelle il se laisse parfois aller et qui le mène souvent à sa perte.

Le véritable pouvoir personnel se remarque avant même que l'on sache quoi que ce soit sur son possesseur. Celui-ci a un petit quelque chose d'indéfinissable, capable d'agir à l'insu des autres. C'est ce plus qui doit attirer et non un quelconque statut social. Le pouvoir personnel doit frapper l'autre et s'imposer comme quelque chose de naturel.

En principe, lorsqu'une personne vous approche et vous adresse la parole, c'est toujours dans le but de capter votre attention. Cela afin qu'ensuite vous prêtiez une oreille attentive à ses propos, ne serait-ce qu'une demande de renseignement. Le schéma est simple. Si elle cherche à se placer sur un niveau supérieur au vôtre : stop ! Si vous lui permettez d'aller plus loin, votre pouvoir personnel aura à en souffrir.

Lors d'une rencontre, les protagonistes cherchent très souvent à se situer, à s'évaluer l'un par rapport à l'autre ( Que faites-vous ? ). Attention à une réponse qui risquerait de produire un effet de nivellement. Les sources potentielles doivent placer l'agent sur un niveau supérieur au leur. Cette distanciation dépend des personnes en présence, et parfois, point trop n'en faut. La sécurité personnelle de l'agent repose également et en partie sur son pouvoir personnel.

Attention, cette supériorité ne doit jamais être humiliante pour l'autre. L'agent se doit de le traiter comme il aimerait l'être lui-même, c'est à dire avec gentillesse, bienveillance, courtoisie. Il n'hésitera pas à valoriser dans le respect de ses droits et de ses besoins et ne devra pas être critiquable par sa cible. Il ne se donnera jamais en spectacle en adoptant un comportement outrancier ou inadapté aux circonstances. Par sa seule présence, il doit valoriser l'autre. Il suffit que ce dernier le pense et en soit convaincu.

Ce pouvoir personnel va être jugé. Inutile de dire que si l'agent attire l'attention par un comportement, une tenue, un language inappropriés, il sera catalogué comme infréquentable. Un autre écueil serait de prendre un comportement réactionnel (nervosité, timidité) pour un trait de personnalité. Il importe de situer exactement la réaction du contact dans le contexte.

L'agent peut avoir intérêt à forcer l'amitié sans attendre qu'elle survienne spontanément. Lors de certaines missions, il risquerait d'attendre longtemps. On peut forcer la sympathie de bien des manières, mais la plus simple est de rendre un service à un moment délicat ou d'avoir un ennemi commun. L'agent est une sorte d'artiste. Il doit faire en sorte que sa prestation soit une oeuvre d'art.

Un comportement digne contribue à créditer celui qui l'arbore d'une autorité, d'un savoir, d'une maturation intellectuelle, culturelle. Il faut devenir celui en compagnie duquel on se plaît à passer un moment agréable. On attribue à ce genre d'individus beaucoup de qualités, un caractère facile, peu critique ni censeur, il ne veut pas toujours avoir raison, etc. Bref, que des qualités (supposées) enviées et non des reproches à formuler. Mais cela ne saurait suffire. Il est essentiel de disposer d'une particularité qui marque. Celle-ci doit toujours être présente afin d'être visible en permanence (bien entendu, lors de certaines occasions pour lesquelles la furtivité est souhaitable, l'agent saura se débarrasser de cette signature). Elle va donc devenir une partie de sa nouvelle personnalité. Cette particularité remarquable ne sera pas un accessoire, excepté dans le cadre d'un déguisement. Si l'agent passait outre cette simple recommandation qui peut sembler insignifiante, c'est l'accessoire qui serait remarqué et non pas sa personnalité ou encore moins son pouvoir personnel. Une particularité discernable liée à une habitude, à une impression est de loin préférable. Constante, sa seule présence suffit. Rappelez-vous le rôle de l'ancrage.

Pour réussir un travail sur soi, l'agent doit commencer par se voir tel qu'il désire être perçu par l'autre et comme si cela était déjà le cas. C'est l'application du principe de la visualisation mentale associée (VMA). Le simple fait de s'identifier au personnae qu'on désire incarner suffit pour entraîner une modification immédiate du comportement. Cette projection a pour conséquence une nouvelle vision du monde et de ses personnes qui vont entourer l'agent devenu acteur. En se comportant différemment, l'agent sera considéré différemment par les autres.

Les personnes dont il aura su capter l'intérêt le regarderont de façon délibérée. Il faut savoir qu'une personne regardée de façon délibérée peut réagir de plusieurs manières :

* d'abord, ne pas s'en rendre compte ;

* l'ignorer ;

* défier l'observateur en le fixant ;

* être embarrassé ;

* se sentir flatté ;

* en redemander.

En ce qui concerne l'agent, aucun des regards délibérés qu'on lui adresse ne doit lui échapper, ni rester ignorés. Il lui faut les accepter sans avoir une poussée d'égo et surtout ne pas les rendre. Il en accusera tout simplement réception en regardant rapidement la personne avec une lueur adaptée aux conditions ou à l'intérêt accordé et, éventuellement, agira comme s'il l'avait reconnue. Il n'en faut pas plus pour passer pour quelqu'un d'éminent sociable, de réceptif. Et les barrières commenceront à s'entrouvrir. La personne s'est-elle entrouverte ? Si l'agent fait le premier pas, elle peut penser qu'il veut obtenir quelque chose d'elle et sera sur ses gardes. Rappelez-vous, c'est la personne qui doit venir vers lui, et pour cela, il faut un appât. L'agent peut laisser transparaître qu'il est en communion avec l'autre ou qu'ils ont quelque chose en commun. Cela se lit sur son visage et dans ses attitudes. L'agent doit quelque peu s'obliger à penser à l'autre et à vivre sa présence, ici et maintenant. Dès cet instant, quelque chose doit émaner de lui pour que son interlocuteur éprouve d'autant plus d'intérêt à leur rencontre (l'autre est encore plus égoïste que vous ne pourriez l'être) et que ce soit lui qui se rapproche. On pourrait résumer en disant que l'agent doit réduire les résistances et augmenter les satisfactions que la personne peut éprouver à son égard.

L'agent devrait bannir de ses scénarios la personne lointaine absorbée dans ses rêveries ou ses problèmes. Un simple regard suffit à éveiller la bienveillance. Il n'est nul besoin de longue phrase pour faire passer une émotion, un sentiment. Dans certaines situations, l'agent devra étendre sa bienveillance naturelle à tout un groupe, à des obscurs, des sans-grades. Il ne fera pas d'exemption.




La gentillesse, la bienveillance, créera chez l'autre une étincelle capable de le faire sortir de sa coquille. Étape quasi indispensable car chacun porte une cuirasse nuisible à l'harmonie des relations sociales et qui, par contre-coup, s'oppose à l'épanouissement de sa propre personnalité.

La plupart des gens associent un stéréotype aux personnes possédant un pouvoir personnel authentique (ton de la voix, débit, assurance, etc.) et les mots, les gestes, les attitudes qui les satisfont venant d'un proche ne saurait les satisfaire venant de l'agent. Celui-ci doit y rajouter un plus qui le démarquera (façon de parler, qualité humaine, etc.), et suscitera à son égard une saine curiosité.

L'agent prendra soin de ne pas parler trop vite, la personne ne comprendrait pas toutes ses paroles et de plus, il risquerait d'en révéler un peu trop sur lui. Mais il ne doit pas parler trop lentement non plus. Cela demanderait un effort pour le suivre, effort d'autant plus désagréable pour une personne d'intelligence vive.

Inutile de préciser qu'il convient d'éviter les sujets de discorde et les médisances. Il est indispensable de rester sur un sujet plaisant, d'où l'intérêt de la pré-enquête. Dans l'idéal, l'agent ne devrait dire que ce que le récepteur désire entendre. Il ne se citera pas en exemple et restera effacé. C'est l'autre qu'il faut complimenter. Le recours à un language trop pédant est toujours contre-productif. On lui préfère un language soutenu qui suffit à donner l'impression de sortir de l'ordinaire.

Un language soutenu ne signifie pas qu'il faille un lexique pour comprendre l'agent. Ce sont des mots que chacun comprend mais n'emploie guère. Dans le language courant, on utilise environ 3500 mots mais nous en comprenons dix fois plus. Les mots utilisés sont devenus des tics de language. Ce sont toujours les mêmes mots qui reviennent. Pourquoi ne dresseriez-vous pas une liste de mots rares qui sont toujours du plus bel effet et compris par tous.

Si au cours de l'entretien, l'agent sent l'ennui, la fatigue poindre, il n'en laissera rien transparaître. Il n'abandonnera pas la scène ne fût-ce qu'un court instant. Cette démission serait un renoncement à son pouvoir personnel. Pour lui permettre de dételer, il se contentera de poser une question sur un sujet qui passionne son interlocuteur. Il laissera ce dernier discourir, le temps nécessaire pour se ressaisir et revenir sur une conversation fructueuse.

Un mot sur le bluff, il peut susciter la curiosité, relancer la conversation, mais il ne doit jamais être spontané, ni improvisé. Il est du domaine d'une alchimie qui doit être soigneusement élaborée. Quand bien même l'agent disposerait d'un répertoire de bluffs tout préparés, il n'y fera appel que le plus rarement possible, réservant cette technique aux cas d'absolue nécessité.

Souvenez-vous que les critères personnels relèvent de l'empirisme, de stéréotypes et qu'ils souffrent de variabilité et d'exceptions. Si l'agent doit éveiller un intérêt quelconque chez autrui, il le fera toujours de façon à lui laisser croire que l'initiative lui appartient. Ensuite, il présentera l'avantage que la personne peut en retirer, mais sans en faire une description détaillée. Le récepteur doit faire un effort de visualisation de la description. En procédant de la sorte, il enregistrera ce qui lui convient et qui diffère peut-être de ce qui a été réellement prononcé. Bien entendu l'agent pourra reformuler pour s'assurer de la façon dont l'image a été décodée et stockée. Quand on prononce certains mots le cerveau visualise déjà le conte des Mille et Une Nuits. Cette graine semée continuera à croître même en l'absence de l'agent. Il faut tout simplement qu'il harmonise ses paroles avec la personnalité de l'autre et l'efficacité souhaitée.

Pour mettre l'individu concerné dans de bonnes dispositions, encore faut-il lui apporter quelque chose. Le faire rire peut le placer dans un état d'esprit favorable, mais il s'agit d'un exercice très difficile à réussir. L'agent préféra miser sur une valeur sûre comme le plaisir du moment, une connivence partagée. Une gratification psychologique peut suffire, mais l'appât ne devra jamais relever de la pitié ou de la charité. Cela va à l'encontre de tout pouvoir personnel. L'agent serait alors perçu comme un inférieur.

En des temps ordinaires, seuls l'amitié ou l'amour (pas uniquement charnel) peuvent amener la cible là où l'agent pourra la contrôler. Cela commence par quelques mots qui doivent charmer et exprimer le plaisir de la rencontre. Chaque affect positif ou stroke compte. L'importance du sourire dans un premier contact est essentielle, mais combien de personnes ont remarqué que le plus beau sourire peut disparaître derrière la première syllabe d'un mot à peine prononcé ?

Je m'explique, placez-vous devant un miroir, face à une caméra et prononcez un mot commençant par "o". La bouche en cul de poule traduit la surprise, la stupéfaction, la réprobation. Le sourire ne résistera pas à l'impression négative qui en découle. Il disparaîtra au profit de la voyelle. Il peut en être de même pour des consonnes explosives. L'agent doit connaître l'impact des premières paroles qu'il prononcera. Elles ne doivent pas modifier son expression de plaisir en déplaisir !

Pour parvenir à établir un contact plus facilement encore, l'agent peut :

* essayer de remplacer les banalités d'usage par une phrase plus personnelle et capable d'éveiller une certaine disposition à l'échange de propos ;

* éliminer les phrases toutes faites dont on a tendance à abuser ;

* en changer selon les interlocuteurs et à chaque nouvelle rencontre ;

* veiller à leur donner un air de spontanéité.

Son objectif est d'amener la cible à adopter ses pensées. Pour ce faire, il s'abstiendra de dire à son interlocuteur ce qu'il convient de penser. Il préféra soutenir une pensée et avancer des arguments pour permettre à la personne de les faire siens.

Rappelons-nous que certaines personnes ne pensent jamais par elles-mêmes et qu'elles ont parfois besoin d'y être poussé. L'agent désire que ce soit son point de vue qui l'emporte, mais il va faire en sorte que l'interlocuteur croie à sa propre réflexion. Alors il n'a plus qu'à s'empresser d'abandonner dans son sens.

Certains petits détails peuvent paraître insignifiants mais en fait se révéler capitaux. L'agent commencera par bannir le Monsieur utilisé seul. Il le complétera ou le remplacera par le nom de la personne. Cela aura plusieurs effets :

* gommer le symbole de serviabilité que referme ce mot ;

* supprimer toute différence entre eux ;

* ne pas le placer dans une position d'infériorité ;

* valoriser l'autre. La plupart des gens sont attachés à leur nom. Il est une marque de respect et d'individualisation.

Inutile de rappeler de ne jamais tomber dans la familiarité, cela irait à l'encontre du but poursuivi. Si pour une raison ou une autre l'agent ne désire pas être appelé par son prénom (fictif, il s'agit d'un cryptonyme et non d'un pseudonyme), il lui faudra éviter d'utiliser celui de l'interlocuteur. Dans le cas où celui-ci s'étonnerait d'être appelé par son patronyme, il lui sera répondu quelque chose comme : Je pense que vous avez le droit à cette marque de respect de ma part. En principe, si l'agent est amené à se justifier, il ne donnera jamais l'impression de se défendre. Même une simple explication pourrait être confondue avec une justification.




L'agent en difficulté utilisera le pourquoi qui peut être très désarmant. Cela revient à répondre à une question par une autre question et permet bien souvent de faire échouer la tentative de déstabilisation. Attention cependant, l'agent doit savoir faire la différence entre le pourquoi interrogatif et le pourquoi provocateur.

Le pourquoi peut-être un boomerang. Il ne doit pas trop indisposer l'interlocuteur et encore moins le placer sur la défensive. Il vaut mieux qu'il pense avoir soulevé un autre aspect de la question. L'agent ne prendra jamais la peine de contredire une erreur, un mensonge, une contre-vérité, sauf absolue nécessité (notamment s'il s'aperçoit qu'il s'agit de le tester).Il sera toujours temps de procéder à un rattrapage, comme c'est enseigné dans l'accrochage d'un plan d'intox.

Le lecteur qui aura fait les indispensables arrêts nécessaires à la réflexion et à l'assimilation devrait, en principe, parvenir à une amélioration notable de son pouvoir de manipulation, de sa capacité à nouer un contact et à le conserver. Il sait entretenir et alimenter la conversation par des questions rhétoriques, mais veillera à ne jamais sortir de son rôle d'écouteur attentif et bienveillant. Cela contribuera à prendre l'ascendant sur l'autre et à le conserver aussi longtemps que nécessaire.

Parvenu à ce stade de réflexion, l'agent se demande pourquoi si peu de personnes font l'effort d'acquérir, de développer un pouvoir personnel ? La réponse est simple et n'appelle pas de longs commentaires. La plupart des gens n'ont pas à utiliser ce pouvoir. Elle se contente du train-train de leur morne quotidien et la majorité d'entre elles n'a pas entendu parler de la pyramide de Maslow, ou pyramide de satisfaction des besoins. N'importe quel travail leur assurant de modestes revenus suffit à leur bonheur. Certes, elles se plaignent du manque d'argent, du manque d'amis, mais elles ne font rien de ce qui serait en leur pouvoir pour en gagner davantage et étendre leurs réseaux. Cette attitude est en grande partie attachée à leur scénario de vie. Il leur serait pourtant possible d'amorcer des habitudes correctrices, plusieurs occasions en sont données chaque jour.

A l'opposé, les personnes ambitieuses visent la célébrité, le prestige comme une fin en soi. Plus elles sont reconnues dans la rue, dans les lieux à la mode, plus elles sont aux anges. Rien à voir avec l'agent de renseignement qui désire se forger un pouvoir personnel dans un but précis, celui de démultiplier ses potentialités, voir aboutir un idéal dans lequel il croit. Ces aspects sont pour lui plus importants que l'appartenance à une bande de "m'as-tu-vu?".

La conviction sincère que le but est noble (Va preux chevalier, ton devoir d'espion t'attends), donne la volonté nécessaire à l'acquisition de qualités nouvelles et oblige à un effort sur soi-même. La plus grande erreur serait de vouloir brûler les étapes. S'il nous a fallu quelques chapitres pour expliquer la méthode, il suffit de quelques minutes pour l'expérimenter et la mettre à contribution, mais des années pour la peaufiner.



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Lundi 20 avril 2009
   
   


Dans ses activités liées au renseignement d'origine humaine, l'agent ne sait pas bien souvent aller au-delà de ses impressions. Il n'utilise quasiment jamais une méthode pour l'évaluation de la personnalité de la cible. Il s'en remet à son intuition et à ses talents de manipulateur.

Fort de ce constat, il nous a semblé tentant d'initier une démarche assez inhabituelle, mais cependant nécessaire à la pose de jalons pour une méthode d'analyse reposant sur l'observation directe des comportements ouverts ou cachés. Cette approche devrait permettre à l'agent de passer d'une procédure empirique ou intuitive à une méthode, et ce, en s'appuyant essentiellement sur les données recueillies.

Nous attirons l'attention des psychologues qu'il ne s'agit pas d'une méthode standardisée, mais plutôt d'une initiative individuelle qui vise à élaborer les grandes lignes directrices nécessaires à dresser un profil à partir de traits en relation avec :

* l'imagerie mentale ;

* les pensées, croyances, idéologies ;

* les dépendances (famille, sexualité, travail, loisirs, etc.) ;

* l'attente de la cible ;

* l'attitude de la cible à l'égard de l'agent ;

* les attentes de l'agent.

Toutes suggestions de l'agent manipulateur restera sans effet si elle n'est pas acceptée par l'esprit. C'est l'esprit qui lui donne corps en l'entretenant. L'esprit opère selon le principe du syllogisme. Une fois qu'il a accepté la majeure pour vrai, il va raisonner de lui-même et aboutir à la mineure. A l'agent de savoir quelle majeure il veut instiller dans l'esprit de la cible. Autre avantage de notre approche, à la différence de l'entretien psychologique, l'agent n'a pas à recueillir la coopération de la personne. Sa simple participation suffit.

Il serait irréaliste pour l'agent de vouloir influer sur les convictions profondes de l'individu et qui appartiennent à l'inconscient. Notre approche nous permet d'obvier aux lecteurs qui nous objecteraient que l'inconscient n'a jamais été l'objet d'une observation directe et que rien ne permet d'affirmer qu'il est de nature psychique (doit-on définir le psychisme par la conscience ou l'inverse ?). De toute façon, le simple fait d'identifier une tendance névrotique ne permet pas toujours d'en apprécier la puissance et n'entraîne pas pour autant sa disparition.

Pour l'agent manipulateur, ce qui compte, ce n'est pas de posséder de bonnes connaissances en psychologie, mais d'en conserver l'esprit. Un agent manipulateur possédant une formation en psychologie court le risque d'aller au-delà de sa raison d'être en justifiant son diagnostic. Cela dit, il s'agit d'une approche commode pour cerner les réalités en contact avec la conscience. Tenter d'approcher l'inconscient par le conscient, cela serait à n'en pas douter tomber dans une contradiction.

Chacun sait que les forces qui nous poussent à des actions, à des sentiments, à des comportements se développent dans l'enfance, en partie grâce ou à cause de notre tempérament et du milieu. Ces tendances vont à leur tour déterminer l'idée qu'un individu se fait de lui-même et celui qu'il aimerait être. Avec le temps et selon le monde qui nous entoure et nos expériences, ces tendances peuvent changer. Quand une tendance est identifiée, il devient plus facile de comprendre les réactions de l'individu. Quand deux ou plusieurs tendances sont en conflit, l'esprit va chercher à réduire le conflit. Il s'ensuit des tensions, des phobies, des illusions, des inhibitions, des susceptibilités, la dépression, une dépendance.

La tendance qui se manifeste d'abord et qui concorde avec l'image que l'individu a de lui-même n'est généralement pas la plus forte. Les pulsions réprimées apparaissent peu à peu des moins refoulées jusqu'au plus refoulées.

Le comportement est enchaînement d'actions et de réactions destinées à l'adaptation de l'individu à la situation telle qu'il la perçoit ou qu'il l'interprète. La chaîne est composée de plusieurs séquences : le stimulus, la réponse physique et psychologique, la conséquence, l'anticipation. Il peut s'agir pour l'agent d'une observation simple ou répétée dans le temps, parfois ritualisée par les conventions sociales.

L'agent doit se demander pourquoi telle pensée ou telle réaction est venue dans l'esprit de son sous-agent. La raison de telle association, lapsus, raptus, enchaînement, curiosité, contradictions, exagération, thèmes abordés, évités, les non-dits, quels sentiments, faits, opinions ou recommandations en ont-ils résulté ? Cela conduit bien souvent à subodorer des résistances, ou blocages.

L'observation peut concerner les comportements suivants :

* le comportement moteur ;

* le comportement languagier ;

* le comportement émotionnel (colère, joie, anxiété) ;

* le comportement cognitif (pensées, images) ;

* le comportement physiologique (respiration, battements du coeur).

Quelle que soit la nature de l'observation des traits remarquables composant la personnalité, l'agent évaluera leur intensité, leur fréquence, voire leur persistance dans d'autres situations aussi différentes que possibles. Il doit, lorsqu'il en a la possibilité, ne pas se contenter d'un instantané. Miex, il sera souhaitable lorsque cela s'avéra possible, de se livrer à une observation duale. Cette pratique tend à prémunir d'une subjectivité toujours à craindre.

Avant de procéder à la cotation d'une échelle sur laquelle nous reviendrons, il nous a semblé nécessaire de dire un mot sur certaines tendances qui peuvent faciliter ou venir compliquer l'approche de l'agent et de la crainte qui en découle :

* le besoin de d'affection ou de plaire qui met l'autre en avant au détriment de ses propres besoins (crainte de s'affirmer) ;

* le besoin de codépendance qui pousse à prendre en charge la personne (crainte de la solitude) ;

* le besoin de puissance avec sentiment de supériorité (idéologie, croyance) justifiant la domination de l'autre ;

* le besoin de contrôle de soi avec la négation de ses forces émotives (crainte de ne pas être à la hauteur) ;

* le besoin d'exploiter l'autre par l'argent, le sexe, les sentiments, les idées (il craint d'être à son tour dupé) ;

* le besoin d'estime sociale qui peut être en rapport avec des relations , un statut,des qualités possédées (crainte de perdre son rang) ;

* le besoin d'être admiré en relation avec l'idée qu'on a de soi (crainte de l'humiliation) ;

* le besoin de réussite personnelle avec hyperactivité dans un domaine, travail, amour (craint le regard de l'autre) ;

* le besoin d'autosuffisance ou d'indépendance. Pas question de se soumettre à une personne ou à une influence (crainte d'avoir recours à l'autre) ;

* le besoin de perfection, le sentiment de supériorité justifié par sa propre valeur (crainte de la découverte de ses propres défauts).

Il est évident que plusieurs besoins peuvent se croiser et se combiner. Le besoin d'être admiré, le besoin de réussite personnelle et le besoin d'estime sociale n'en sont qu'un exemple. Par ailleurs, un besoin peut en masquer un autre. Ainsi, le comportement que l'on pourrait prendre pour un besoin de modestie peut très bien masquer un désir refoulé de puissance, d'indépendance ou autre. Une dépression réactionnelle liée aux désirs refoulés et non exprimés peut en être une expression.

Chaque tendance engendre une conduite, une image de soi, du monde donc des inhibitions spécifiques. Les inhibitions peuvent être circonstances à une action ou s'étendre à plusieurs secteurs de la personnalité (spontanéité, relations sociales, affirmation de soi, etc.). Plus la tendance est ancienne et nécessaire à l'individu, plus il va l'auto justifier. Des défenses secondaires peuvent venir en renforcer la structure. L'agent doit garder présent à l'esprit qu'il peut se trouver confronté à des qualités fictives !

Il n'appartient pas à l'agent manipulateur de faire prendre conscience à sa source de ses désirs refoulés. Cette compréhension serait contre-productive et risquerait de lever l'hostilité de l'individu. Est-il nécessaire de rappeler que l'approche de l'agent manipulateur n'a rien à voir avec l'entretien psychologique ? Elle vise à obtenir une représentation de la personnalité et ne vise absolument pas une finalité psychothérapeutique.

L'agent manipulateur ne base pas son jugement sur les valeurs réelles, mais uniquement sur celles qui permettent de renforcer une tendance. C'est donc le contraire du travail du psychothérapeute.

L'agent s'attachera à noter et à coter :

* les émotions (plaisir, déplaisir, anxiété, etc.) ;

* la stabilité des traits observés ;

* le degré d'auto contrôle ;

* les tendances névrotiques et phobiques ;

* le désir de changement et leur implication volontaire.

Cela peut se faire via une échelle bipolaire avec cotation intermédiaire de 1 à 8 des traits apparents remarquables ou exprimés.

Cyclothymie Évaluation (0 à 8) Schizothymie
Bon caractère, avenant               >>> Dédaigneux, cupide
Serviable   Opposant
Empathie   Indifférent
Doux   Dur
Confiant   Soupçonneux
Adaptable   Rigide
Chaleureux   Froid
Intelligence générale Facteur B Déficience mentale
Consciencieux   Peu scrupuleux
Persévérant   Manque de persévérance
Intellectuel   Rustre
Stabilité émotionnelle Facteur C Tendances névrotiques
Maturité émotionnelle   Peu résistant à la frustration
Stabilité émotionnelle   Versatile
Flegme   Émotivité généralisée
Réaliste   Rêveur
Absence de fatigue nerveuse   Fatigue nerveuse
Paisible   Tourmenté
Ascendance Facteur E Soumission
Affirmatif   Soumis
Indépendant d'esprit   Dépendant
Dur, austère   Aimable
Gravité affectée   Naturel
Non-conformiste   Conformiste
Ferme   Facilement troublé
Captant l'attention   Suffisant à soi-même
Expansivité Facteur F Non expansivité
Bavard   Silencieux
Animé   Déprimé
Calme   Anxieux
Franc, Expressif   Non communicatif
Vif, alerte   Langoureux, lent
Caractère affirmé Facteur G Caractère non mûr
Persévérant, déterminé   Inconstant, changeant
Sens des responsabilités   Frivole
Maturité émotionnelle   Exigeant, impatient
Stable dans sa façon d'être   Relâché, indolent
Consciencieux   Peu sûr
Attentif aux autres   Opposant
Résilience Facteur H Repli sur soi
Sociabilité Grégaire   Timidité
Audacieux, hardi   Prudent, réservé
Intérêt marqué pour le sexe opposé   Intérêts médiocres
Frivole   Consciencieux
Intérêts artistiques ou sentimentaux   Absence de tels intérêts
Résonance émotionnelle riche   Froideur, distance
Sensibilité émotionnelle Facteur I Rudesse de maturité
Exigeant, impatient   Emotionnellement mûr
Dépendant, non mûr   Indépendance d'esprit
Introspectif, imaginatif   Satisfait de soi-même
Aimable, doux   Rude, cynique
Goût esthétiques   Manquant de sens artistique
Frivole   Sentiment de responsabilité
Captant l'attention   Suffisant
Paranoïde Facteur L Altruisme
Enclin à la jalousie   Pas de tendance jalouse
Calme, honteux   Posé
Soupçonneux   Confiant
Grincheux   Entrain
Rigide   Adaptable
Dur et indifférent   S'intéressant aux autres
Bohémanisme Facteur M Intérêts pratiques
Excentrique   Conventionnel
Imagination sensitive   Pratique, logique
Peu sûr   Consciencieux
Aspect calme   Facilement expressif
Émotion hystérique   Sang-froid en cas d'urgence
Sophistication Facteur N Simplicité
Policé   Lourdeau, maladroit
Froid, indifférent   S'intéressant aux autres
Difficilement satisfait   Facilement satisfait
Méfiance Facteur O Confiance
Tourmenté, anxieux   Placide, insensible
Soupçonneux, qui rumine   Exempt de méfiance
OBSERVATIONS :    



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Par spy-drew - Publié dans : Informations recrutement espions/espionnes
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Lundi 20 avril 2009


L'importance de ce qu'il est convenu d'appeler le travail de l'acteur n'est plus à démontrer en ce qui concerne le travail de l'agent opérationnel. Ce n'est pas un hasard si de nombreuses formations y font un large emprunt pour les agents en préparation.La tenue d'un rôle et l'influence qu'il peut exercer sur les comportements ont été illustrées d'une façon spectaculaire en 1971, par le psychologue Phimip Zimbardo. Il recruta au hasard un groupe de jeunes universitaires et en sélectionna onze pour jouer le rôle de gardiens dans une prison de Stanford. Il leur distribua à cet effet : uniforme, menottes, sifflet, matraque. Dix autres étudiants formèrent eux le groupe des prisonniers et furent placés en cellules sous le contrôle du premier groupe. Pour l'expérience, Zimbardo laissa aux étudiants le soin d'établir le réglement intérieur. Le premier groupe interdit à ses condisciples devenus taulards, de parler pendant les repas, pendant les périodes de repos et mit en place des contrôles de présence au milieu de la nuit. Il fut convenu que tout manquement à ce réglement entraînerait pour l'étudiant prisonnier une sanction. Face à ce règlement sévère, les prisonniers commencèrent à faire de la résistance, allant jusqu'à se barricader dans leurs cellules. Les gardiens réagirent vivement et certains devinrent même violents, voire sadiques. Très rapidement, ce qui ne devait être qu'une expérience pour les gardiens, comme pour les prisonniers devint une réalité. L'expérience qui devait durer deux semaines fut suspendue au bout de six jours. Zimbardo se rendant rapidement compte que ce qui devait n'être qu'une situation simulée s'était transformée en une violence réelle.

Pour mieux comprendre ce qui s'était passé lors de ce jeu de rôle, encore faut-il avoir une idée exacte de ce qu'est la personnalité. En fait, comme vous le savez, un sujet présente en fonction des circonstances environnantes plusieurs personnalités : travail, maison, hobby, etc. Il est donc souhaitable de commencer par identifier le concept de la personae, dérivée des masques utilisés par les anciens acteurs romains. Le simple fait d'être capable de prendre le contrôle de sa propre personae, peut amener ou accompagner un changement de personnalité. Mieux l'agent saura appréhender son profil psychologique et sa propre personae, plus il saura adapter sa propre personnalité au rôle que lui confère sa mission ou que commande l'instant. C'est ce qu'il est convenu d'appeler le travail de l'acteur.

Il deviendra alors facile à l'agent de se dissimuler derrière le personnage qu'il a ou qu'on lui a choisi pour incarner (couverture oblige !). Regardez un militaire, cheveux courts, allure martiale et décidée, pas cadencés, départ du pied gauche, doigt tendus, voix trahissant l'habitude du commandement. Rien à voir avec la démarche d'un marin, d'un paysan, ou d'un PDG.

L'art de l'acteur permet d'apprendre à maîtriser ses émotions, sa voix, à faire naître une émotion et prendre conscience de toutes les possibilités que l'individu a en lui. Si un agent vit intensément un personnage, il va naturellement lui prêter son corps, sa voix, et son esprit pour finir par se glisser dans la peau de cet autre. Il peut alors vivre avec émotion tout ce que ce personnage est censé ressentir.Le choix d'un rôle par l'agent ou par sa centrale doit lui permettre de coller aux diverses situations qu'il rencontrera mais aussi de moduler son approche de la cible ou du milieu. On pourrait parler de désirabilité sociale qui conduit intentionnellement l'agent à adopter un rôle de composition, rôle censé représenter les qualités qu'il s'attribue ou que la cible va lui attribuer. Regardez autour de vous une personne s'imaginant supérieure. Pour montrer à l'entourage qui elle est, elle va adopter un port de tête, un regard, et une voix particulière.D'où toute l'importance pour l'agent de prendre en compte les réactions affectives que pourra susciter chez autrui le personnage incarné. Le rôle doit favoriser la communication et non la compliquer. L'agent devra éviter les personnages difficiles à assumer. Cela comprend les personnages aux aspects sociaux négatifs (policier, militare, SDF etc.). Seule exception, la mission d'infiltration d'un milieu particulier. En fait, aucun personnage n'est pour l'agent important en soi. C'est la relation qu'il permet d'établir et de développer. Tout comme un musicien accorde son instrument, l'agent doit être conscient que tout son corps et sa personnalité forment un seul et même instrument d'expression.

L'expression théâtrale est un ferment qui permet d'exploiter tous les aspects d'une personnalité donnée et toutes ses potentialités. Au fil du temps et du travail théâtral, l'agent en préparation ne va pas tarder à découvrir en lui différentes facettes dont il ne soupçonnait même pas l'existence. Il prendra conscience du poids des us et coutumes de la société qui pèsent sur les échanges, allant parfois jusqu'à entraîner un comportement négatif de la personnalité. Ces moments dans lesquels l'agent sera un autre lui permettront d'échapper à une conduite routinière quelque peu emprunte de stéréotypes et contribueront à l'enrichissement de sa personnalité. Mieux encore, elle l'aidera à crédibiliser sa couverture même momentanée. En fait, l'agent s'apparente plus à un animateur-acteur qu'à un acteur. En plus de l'acteur, il lui faut savoir argumenter, débattre, écouter l'autre, travailler l'image qu'il renvoie.

Le théâtre est invisible, mais à chaque instant il est partout autour de nous. Chacun est à son insu un acteur. Ne vous est-il jamais arrivé de jouer un rôle, un personnage pour vous-même ? Cette expérience ne vous a-telle pas permis de tenir votre rôle avec crédibilité ? Cette dernière étant ce en quoi vous croyez avec sincérité sur le moment et qui reste le meilleur moyen pour faire passer une émotion, un sentiment, une conviction chez l'interlocuteur. Regardez le mythomane sous l'emprise de son imagination , il invente des histoires auxquelles il est le premier à croire. Il n'en est que plus convaincant.

L'agent ne doit pas trop forcer le trait ni le caractère du personnage. Il doit se garder de devenir un histrion en adoptant un comportement trop théâtral qui serait antinaturel. Il passerait alors pour un cabotin. L'histrionisme est un trouble affectant une personnalité qui a besoin d'être rassurée, adulée et qui exprime ses affects avec éxagération. La plupart des individus sont attachés à leurs traits dominants qui les singularisent des autres individus. Et même, lorsqu'ils jouent un rôle, ils restent bien souvent eux-mêmes, c'est à dire ce qu'ils ont toujours été. Certains acteurs que les critiques n'hésitent pas à classer parmi les grands, prêtent leur personnalité à un personnage, à un rôle au lieu de le servir. C'est Dupont interprétant tel personnage, mais le jeu est toujours celui de Dupont.

Pour faire naître chez l'interlocuteur une pensée ou un sentiment qu'est censé susciter le personnage, l'agent doit comprendre la signification de chacun de ses gestes, de ses paroles, de ses attitudes, et de ses comportements.

Dans l'activité professionnelle qui nous préoccuppe, on désire rarement être vu et encore moins remarqué ou singularisé, alors que bon nombre d'individus présentent des tendances exhibitionnistes. Représenter un personnage avec sobriété ira dans le sens de la discrétion, de la sécurité, et facilitera le maintien d'un lien. L'opérationnel joue pour l'autre et en accord avec la situation, mais aussi pour le succès de la mission. Jamais pour lui-même.

Dans l'Antiquité, le théâtre appartenait à tous. Puis sous l'influence grecque, il devint plus élitiste. Les citoyens furent séparés entre acteurs et spectateurs qui n'avaient que le droit de regarder le spectacle. Puis les acteurs furent classés, en choeur (le peuple) et protagoniste (l'aristocratie). Le théâtre devint dès lors un instrument aux mains des dominants.

L'art de l'expression théâtrale n'est pas seulement utile à l'incarnation d'un personnage, il l'est tout autant pour créer un lien émotionnel avec la cible. On ne peut exprimer sincèrement que ce que l'on ressent. Pascal n'a-t-il pas écrit : Mettez vous à genoux, et vous aurez envie de prier. Pour parvenir à interpréter un rôle, il faut y trouver une bonne raison. Une personne qui intéresse vraiment l'agent pourra suffire pour entraîner la motivation. Une fois glissé dans la peau du personnage et après s'en être paré de tous les attributs intérieurs et extérieurs, l'agent s'apercevra bien vite que son mental se transforme et que s'opère même un certain mimétisme. Cela va parfois jusqu'à lui procurer la sensation que ce n'est pas lui qui est là , mais un autre ! Ce masque lui donnera toutes les audaces, mêmes celles dont il se serait cru incapable. Ce n'est plus vraiment l'agent qui agira derrière ce masque.

Lorsque viendra enfin le jour tant attendu de pénétrer dans l'arène, une certaine nervosité et des contractions musculaires pourront empêcher l'agent à extérioriser le personnage. Tout manque de décontraction génère une tension physique néfaste à la spontanéité attendue. Cette tension est en général liée à l'impréparation, à une mauvaise hygiène de vie. Regardez un alcoolique qui chute sans se faire mal, cela n'est possible que grâce à la décontraction musculaire. L'agent doit avoir confiance en lui et en ses capacités techniques et en son adaptabilité emprunte d'intuition. Si en plus il dispose d'un profil caractériologique manipulateur, il sera capable de toujours retomber sur ses pattes. C'est là aussi le propre des escrocs.

Faire naître une émotion

Pour maintenir un échange, entraîner une interaction de pensées, de sentiments, d'émotions, d'actions, il faut atteindre l'âme, le coeur, l'intelligence, l'imagination de la cible. Comment se mettre à sa portée et trouver le levier le plus adapté pour faire passer des messages : d'idéal, de liberté, d'action, de surprise, de joie, de colère, etc. ? Comment dépasser les mots ? Il est indispensable d'évoquer quelque chose dans l'affectif de l'interlocuteur. L'agent doit devenir capable de faire battre le coeur et d'élever l'âme. Son être intérieur doit être capable d'exprimer et faire ressentir ce qu'il est lui même censé éprouver.Lorsque vous regardez un film en VO, les acteurs parviennent à créer en vous une émotion par-delà le language.

Saluer quelqu'un est un objectif mécanique mais l'objectif psychologique requiert de l'agent une réflexion préalable pour lui permettre de surmonter les difficultés susceptibles de se présenter. Quand l'agent devra rencontrer une cible très importante, comment va-t-il l'aborder sans perdre ses moyens physiques et psychologiques ? Généralement, un acte est basé sur un sentiment.

Dans notre vie quotidienne, nous sommes en permanence dans un certain état émotionnel, aussi est-il indispensable pour l'agent de savoir comment déclencher ou modifier ses états. Il n'est pas facile de jouer le clown lorsqu'on est triste au fond de soi. Il faut donc avoir recours à une méthode d'expression théâtrale, seule capable de parfaire l'adéquation de l'état d'âme à celui du personnage. Le facteur déclenchant peut provenir de l'extérieur ou de soi-même. Par une activation intracérébrale spontanée, on peut, sans raison particulière, laisser venir une émotion.

Que le signe déclencheur soit intérieur ou extérieur, le sentiment éprouvé est accompagné de modifications de l'expression du visage, des attitudes corporelles et de certaines fonctions organiques : rythme cardiaque, respiratoire, couleur de la peau, débit vocal, intonation, qui elles aussi seront altérées, modifiées.

Lorsqu'un comédien désire recréer une émotion spontanée, il doit être capable de la produire à volonté et à un instant précis. Mieux, il doit la contrôler du début à la fin. L'histoire est riche de ces subterfuges. Goebbels, ministre de la propagande hitlérienne qui passa devant un tribunal lors des prémices de la montée du parti hitlérien se mit en une rage et insulta ses juges. Ces derniers, outrés, oublièrent de le juger pour les faits qui lui étaient reprochés et se laissèrent emporter par leurs états affectifs. Ils le condamnèrent pour injure au tribunal ! Bien entendu, il ne s'agissait que d'une diatribe simulée et, aussitôt sortis de la salle, ses amis en rirent.

La méthode la plus utilisée pour créer une émotion fait appel à la visualisation mentale. On demande à l'acteur de revivre ou d'imaginer le plus complètement possible une situation antérieure vécue. Cela entraîne la stimulation intracérébrale volontaire de l'émotion, et cela suffit déjà à faire naître des modifications intérieures et extérieures. L'agent est alors capable de jouer vraiment. Faire surgir en soi un état émotionnel peut aussi servir de diversion ou aide à créer une ambiance propice à une situation.C'est là une technique que l'agent malheureux pourra tout aussi bien relativiser chez ses interrogateurs qui, eux aussi, sont bien souvent des comédiens en puissance. L'agent doit se montrer sincère, convaincant, sceptique, choqué, outré, à volonté. Il doit tout aussi bien être capable d'adopter un comportement paradoxal, paraître incapable de parler, sidéré. Des sanglots pourront lui échapper et sa voix pourrait sembler prête à se briser...Et comme le jugement du spectateur dépend en partie de l'impression et des sentiments éprouvés, l'agent sera en possession d'outils redoutables à ne pas mettre entre toutes les mains. Il sera devenu capable de semer la confusion, même à des yeux avertis.

En ce qui concerne, à la différence du théâtre, l'agent ne doit pas manquer son entrée, ni ses effets. Si l'acteur trébuche sur la scène, les spectateurs peuvent penser que cela fait partie du spectacle. Mais l'agent opérationnel n'a pas le droit à la faute. Elle risquerait d'être très difficile à rattraper et lourde de conséquences pour sa sécurité personnelle. Par contre, elle peut être préméditée pour servir d'ancre.

Les affects sont eux aussi liés aux lieux et aux circonstances. Une croisière sur un bateau est différente qu'un trajet sur l'autoroute des vacances, même si le farniente est l'objectif final. Les décors, les accessoires, les costumes, l'éclairage, sont autant d'éléments surajoutés qui nous font ressentir les choses différemment et influencent fortement la construction du personnage. Quand l'acteur se maquille, s'habille, il revêt déjà une seconde peau qui augure la transition entre la personne et le personnage incarné. C'est la base même de la méthode que Stanislaski créa dans les années 1920 et qui allait être à la base de l'Actor's Studio de New-York, méthode dont s'inspirent tous les cours d'expression théâtrale. Néanmoins, pour la rédaction de ce chapitre, nous avons jugé indispensable d'y ajouter des travaux plus récents.

Cette technique de base, Stanislaski la baptisa la psychotechnie, puisqu'elle s'appuie sur des traces laissées dans la mémoire. Ne vous est-il jamais arrivé de saliver à l'odeur d'un mets particulièrement appétissant tout comme le chien de Pavlov ? Vous avez expérimenté la reviviscence d'un souvenir sensoriel. Pour le retrouver, il suffit de penser, non pas au sentiment mais à ce qui l'a provoqué et aux conditions de son apparition. Voilà un truc bien connu des publicitaires. Rappelez-vous cette pub où un grand-père donne des bonbons à son petit-fils. Qu'éprouvez-vous mentalement, physiquement en présence de l'émotion ? Voilà ce que l'agent doit devenir capable de faire revivre avec sincérité, mais sans jamais se laisser dépasser par le sentiment ou l'émotion ressentie, il ne faut pas qu'il en soit dupe, sinon, dès cet instant il abandonnerait son rôle d'observateur pour s'impliquer affectivement.

La mémoire affective et la remémoration des sentiments permettent à l'agent de mobiliser son Moi au profit du personnage. Et grâce à l'image intérieur libérée et devenue créatrice, il va incarner le personnage au lieu de le revivre, ce qui lui donnera plus de naturel. Il sera alors à même de construire l'aspect extérieur du personnage, soit par imitation, soit par es moyens extérieurs : language, mimiques, attitudes, gestes, costumes, etc.

Nous avons tous des souvenirs engrangés dans notre affectif que nous sommes capables de réactiver à volonté. Ces souvenirs évocateurs vont agir sur notre état mental et induire une répercussion sur notre physique qui, à son tour, va influer sur les autres. Un jouren revenant de faire des courses, je souriais en pensant à une histoire drôle. Une jeune fille que je croisais à ce moment, pensant certainement que ce sourire lui était destiné, me gratifia en retour d'un sourire aussi charmant que spontané. Depuis, je sais comment faire venir à volonté un sourire. La gratification psychologique est venue renforcer l'image.

Voici quelques exercices pratiques faisant appel aux mémoires sensitives et pratiqués dans les cours d'art dramatique :

* la vue. Imaginez un paysan face à un coucher de soleil, puis un enfant qui pleure, suivi d'un ciel étoilé ;

* l'ouïe. Faire resurgir un chant féminin à la voix cristalline. Concentrez vous sur le fruit fait par un marteau-piqueur et ensuite sur le murmure d'une rivière ;

* le toucher. Imaginez la sensation d'un glaçon dans le creux de votre main puis la douceur d'une soie et enfin une piqûre de ronce ;

* l'odorat. Retrouvez l'odeur de l'ail et essayez de vous souvenir de votre état d'esprit lorsque vous avez senti cette odeur (lieu,gens) ;

* le goût. Faites venir le goût d'un chocolat, d'un alcool préféré et le goût acide d'un citron (vous devez en saliver).

Vous pouvez aussi lire les passages de certains livres, fermer les yeux et essayer d'imaginer la scène, les sensations évoquées. Laissez l'émotion vous envahir comme vous le feriez devant un tableau. Pourquoi les femmes pleurent-elles au cours d'un spectacle émouvant ? Tout simplement parce que leur sensibilité leur permet de se projeter dans la scène. Plus facilement, l'agent parviendra à faire renaître, à faire revivre une expérience sensitive, plus il lui sera aisé d'en charger ses paroles et attitudes, et ainsi laisser transparaître l'émotion qui lui est liée.

Pour restituer l'émotion, le trouble ou l'instant désiré, il lui suffit de faire revivre cette impression en utilisant les images évocatrices qui l'ont le plus marqué. Il est vrai qu'à ce petit jeu, qu'une personne ayant eu une vie riche et variée est avantagée.

Pour ne pas avoir l'air de jouer la comédie, il est nécessaire que l'agent agisse au moment idoine et que son personnage présente une certaine cohérence. Il lui faut être en symbiose avec le personnage, le vivre à la fois de l'intérieur et de l'extérieur. Cela n'est possible à l'agent qu'en y transposant certaines de ses qualités. Si l'agent n'a pas conscience de ce qu'il a vécu, ni de ce qu'il a ressenti, il lui sera impossible de le restituer, donc d'être en contact avec l'autre. Il doit s'entraîner à voir son personnage de l'intérieur et pas seulement de l'extérieur, un peu comme le boxeur face au miroir. C'est cette capacité à entrer dans un processus de dédoublement que l'on appelle la construction du personnage. On est à la fois lui, en chair et en os, et un autre qui appartient à son champ de conscience. Pour certain d'entre nous, cela est même une voie détournée pour compenser des insuffisances existentielles. La simple adoption d'un autre état civil, d'une profession rêvée facilite déjà le rôle et le dédoublement personne/personnage.

Les recherches sur le travail théâtral et les neurosciences ont perfectionné la méthode Stanislaski. En plus de l'émotion, on cherche à y adjoindre le sentiment, ce qui requiert le survol de la psychologie expressive et subjective. Si, en principe, trois composantes sont alliées, il est possible de les dissocier de l'état subjectif. On obtient ainsi une séparation entre expression et sentiment, susceptible de revêtir plusieurs aspects physiques et physiologiques. Jois, colère, surprise, peur, amour, tristesse, etc., entraînent l'apparition d'états induits, eux-mêmes accompagnés d'un ensemble de modifications (respiratoires, postural, faciale) très caractéristiques de chacune des émotions.

La respiration tient un rôle fondamentale. Si la personne maintient un rythme lent et régulier, elle ne peut revivre un état de colère (la relaxation est utile pour dominer le serpent qui sommeille dans notre cerveau reptilien). Si, en revanche, le rythme respiratoire caractéristique est sollicité, l'état subjectif entraînant l'émotion apparaît. De même, si la personne reste bras largement ouverts, tête rejetée en arrière, elle ne peut ressentir la tristesse...

Dès lors, il devient possible d'activer volontairement une attitude respiratoire type. Plus l'exercice est prolongé, plus la réaction émotionnelle est intense.On peut alors évoquer un état émotionnel pur. Quelques respirations lentes et profondes, un changement de position permettent d'en sortir, ramenant rapidement à un état neutre. La répétition de cette procédure diminue l'impact subjectif de l'action effectuée et contribue à améliorer la sortie de l'émotion induite. Certains acteurs parviennent à la faire cesser instantanément. Un observateur non averti ne s'apercevra de rien. Il identifiera l'émotion ressentie comme bien réelle. Il lui sera impossible de faire la différence avec une émotion naturelle !

Pour influencer une personne, l'agent peut s'en remettre à l'inspiration du moment, à l'attraction que peut revêtir la tendresse, la gentillesse, la subtilité, la beauté, le magnétisme, le charisme, la séduction, etc. Tout peut particper à délivrer un certain pouvoir sur autrui, mais rien ne saurait remplacer la technique et le travail sur soi. Eux seuls permettront à l'agent de toujours agir en fonction de son personnage et de l'interlocuteur ou de l'observateur.

Tout le monde n'ayant pas été gâté pas dame Nature, ni touché par la grâce, l'agent doit connaître en quoi consiste son handicap, et c'est seulement ensuite qu'il pourra en tirer parti au lieu de lutter contre lui. Cela exige une bonne connaissance de soi et un certain travail pour éliminer les mauvaises habitudes enracinées. L'agent peut commencer à travailler seul en s'aidant de la visualisation mentale associée ou dissociée et/ou avec des partenaires. Ensuite, il saura laisser fuser un état d'âme, un sentiment spontané, mais recrée. Dans sa pratique régulière, l'agent en formation ne devrait pas négliger ce qu'il est convenu d'appeler l'expression corporelle : sport, gymnastique afin de développer un autocontrôle de son corps.

La plupart des gens sous-estiment l'importance de leur forme physique. L'agent, pour tenir un personnage a besoin d'être en forme physiquement et psychiquement. Une vie saine facilitera l'adoption d'un comportement adapté. Aucun geste ne devrait être accompli sans raison. Tous les mouvements doivent accréditer le personnage. L'agent ne doit surtout pas oublier de tenir le rôle bien au-delà de la représentation. Il peut être observé, surveillé à son insu.

L'agent doit refréner les gestes naturels qui risqueraient de trahir sa personnalité réelle en l'éloignant de son personnage. Tout geste parasite peut rappeler et trahir une personnalité quotidienne. Certains gestes sont des indicateurs comportementaux qu'il convient de savoir laisser au vestiaire. Les gestes doivent appartenir au personnage et contribuer à le construire et non le desservir. L'agent doit éprouver les sentiments du personnage et non pas les siens.

Avant de se lancer dans un rôle de composition, l'agent doit l'étudier, observer autour de lui, voir des films, des pièces de théâtre. Il ne s'agit pas de singer ou d'imitations extérieures, mais de composer avec sa propre nature pour ensuite l'insuffler dans la vie du personnage. L'imitation a quelque chose d'artificiel. L'agent doit, toutefois, prendre la précaution de choisir un personnage qu'il pourra maintenir sur une durée de temps plus que suffisante à sa couverture. L'adoption d'un personnage très éloigné de sa personae facilite l'atténuation du naturel, les frontières n'en étant que plus éloignées.

L'agent doit assimiler son modèle en l'étudiant sous divers angles : lieux, conditions sociales, économiques, loisirs, relationnel, mental, habitudes, sa façon de s'exprimer, etc. Surtout ne pas trop en faire dans le jeu, cela contribuerait à mettre le rôle en avant, occultant le personnage que l'agent est censé représenter. On ne verrait que la prestation. Pour autant, cela ne signifie pas qu'il faille renoncer à toute individualité.

Pour donner vie au personnage l'agent doit puiser en lui, et cela ne sera possible qu'au moyen d'une certaine improvisation. Il n'est pas question de tout prévoir, mais seulement les points remarquables (le découpage, les séquences). L'agent n'aura jamais à suivre le scénario écrit par un auteur. Il sera l'auteur, l'acteur et son propre réalisateur. Il suivra son texte, certes, mais devra rester capable de le quitter pour une improvisation. Il devra apprendre à utiliser à son avantage les événements inattendus. En observant son interlocuteur, il sera capable de s'apercevoir si son jeu convient. Peu importe s'il faut marquer éventuellement l'interlocuteur en créant un événement de toutes pièces pour jouer l'inattendu, l'aubaine. Rien ne vient déstabiliser l'agent, surtout s'il se livre à un travail d'entrisme (infiltration).

Quel que soit l'imprévu, il faut qu'il puisse apporter spontanément une réponse ou adopter un comportement approprié à la situation et au personnage représenté. N'oublions pas que le propre d'un véritable acte spontané est de ne jamais se répéter.

Si l'agent dispose d'une certaine imagination (merci les tests de Rosenweig), il pourra l'utiliser, mais toujours sous le contrôle du mental. L'imagination et la créativité lui permettront de découvrir qu'il possède une richesse inestimable.

Lors du premier contact ( visuel ou non ), l'agent introduit le personnage puis il en affirmera les caractéristiques les plus marquantes. Ainsi et progressivement, il renforcera l'image et l'idée qu'il souhaite en donner. Cela peut signifier réapprendre à marcher , à parler, à se mouvoir, à communiquer. Les annales des affaires d'espionnages confirment ces nécessités. Observez votre démarche en ville, à la maison, sur un tatami, à la plage. Elle est probablement différente en chacune de ces occasions. On marche, on s'assoit, on parle sans vraiment en pendre conscience. Ce sont là des gestes mécaniques qui, la plupart du temps, échappent à notre attention. Chaque geste a un but, une raison. L'immobilité physique même doit être activité intellectuelle ou affective. Regardez un tireur d'élite, il est immobile, mais sont cerveau est actif et ses sens sont en éveil.

La voix et les mots

L'agent devra jouer de son apparence, de ses gestes, de ses attitudes et comportement, mais aussi de sa voix et des mots. Quand un officier s'élance en criant en avant !, ses hommes le suivent même si cela peu les conduire à la mort, car la voix et le mouvement entraînent une émotion.

Un mot, une intonation peuvent induire chez n'importe qui une sensation, une image, une action. Cela n'est pas seulement vrai pour les mots, mais aussi pour tous les sens. Par exemple, une odeur peut raviver une sensation agréable ou pénible. Ici, les mots doivent entraîner l'action de l'autre.

La parole est pourvue d'une force différente de celle de l'écrit. Plus souple que l'écrit, elle s'adresse plus à l'affectif qu'à la réflexion. La parole c'est une manière d'établir un contact et d'embarquer l'interlocuteur dans un autre univers. En Egypte, le dieu Thot, inventeur de l'écriture, se fit railler lorsqu'il la présenta devant l'assemblée des dieux et lui firent savoir que c'était folie que d'apporter l'écriture aux hommes car s'ils prenaient l'habitude d'écrire tout ce qu'ils inventent, tout ce qu'ils savent, ou veulent apprendre, ils oublieront de se souvenir et le savoir ne tardera pas à dégénérer. Il ne sera plus nourri de l'intérieur.

La conteuse, C. Zarcate, représentation au Théâtre Tristan-Bernard à Paris, un jour où la salle était bien loin d'être comble, eut l'idée de placer les personnages de son spectacle à côté des spectateurs sur les sièges vacants. Quand elle décrivit ses personnages pour les installer sur les sièges vides, qu'elle ne fut pas sa surprise de voir les spectateurs enlever leur affaires pour libérer la place !

Tout le monde peut raconter une histoire. Que le conteur soit assis ou debout, rythmant les mots n'a pas d'importance. L'essentiel, c'est l'envie et le plaisir, c'est la vie qu'on insuffle à travers les personnages. La richesse de la voix doit permettre de transmettre l'émotion et pas seulement les pensées de l'esprit, de la raison. Pour cela la prononciation reste importante. A parler par habitude, nous avons perdu une diction correcte. Il suffit d'écouter certains hommes ou femmes politiques qui prononcent queue au lieu de que, B pour baie, etc. Cela pourrait suffire si l'interlocuteur se décidait à utiliser cette faille, à discréditer n'importe quel beau parleur.

Dans toute conversation, il faut souvent deviner ce que la personne vient de dire, car le qui, quoi, où, quand, comment, pourquoi, etc, sont souvent omis. Cela joint à une mauvaise diction suffit à provoquer malentendus, confusion et amener à se faire préciser les choses. On comprend ici toute l'importance de la reformulation.

Si certains défauts et locutions stéréotypés sont tolérables dans la banalité quotidienne, ils deviennent inacceptables pour celui qui veut avoir une influence sur l'interlocuteur. Si la parole ne traduit pas exactement l'état émotionnel qu'elle a en charge d'induire, l'autre pourra continuer à vaquer à ses occupations. Lors de rituels comme le Comment ça va ?, les gens n'ont même pas conscience de la portée de leur phrase. Les mots, le ton ont perdu toute signification et ne provoquent plus aucun d'écho de sympathie, d'empathie dans l'affectif de l'interlocuteur.

Rappelez-vous que les mots peuvent induire des images positives ou négatives, concrètes, ou abstraites. Essayez de transmettre un concept de justice avec des mots, vous en verrez la difficulté... Prononcez le mot diamant et les yeux de certaines brilleront. Elles auront aussitôt visualisé un bijou. C'est pourquoi l'homme a crée les symboles, les emblèmes et les mots qui ont le pouvoir de faire revivre une émotion. Notre cerveau ne stocke pas les mots, mais les images qui y sont associées. Voilà un détail que l'agent ne devra jamais perdre de vue lorsqu'il procédera à un recrutement.

Pour interpréter un personnage, il peut être utile de connaître les différents schémas phonétiques et leurs effets. La ponctuation en introduisant un effet joue un rôle. Un point d'interrogation attend une réponse, un point d'exclamation appelle la sympathie, la protestation, l'interpellation, deux points (:) attirent l'attention. Voilà autant de subtilités dont l'agent utilisera avec doigté.

Pour dire les mots et adopter une attitude adaptée avec un accent de sincérité; l'agent doit se créer son cinéma intérieur. Une réalité imaginaire suffit à mettre en mouvement les forces de l'esprit. L'agent ne redoutera pas les pauses de son interlocuteur qui lui permettent de concrétiser l'image projetée. Au contraire, il doit laisser à l'autre le temps de créer ses sous-textes, de lire entre les lignes, de rassembler ses idées. L'agent avance lentement mais sûrement et la pause psychologique n'est pas dénuée de fonction. Elle sert à provoquer et à maintenir l'intérêt de l'autre.

Pour un agent, il y a une autre pause importante, c'est la pause dite logique, différente des règles de grammaire. Selon que l'on dise pardon/impossible envoyer en Sibérie, ou pardon impossible/envoyer en Sibérie, le sens n'est pas du out le même. Dans le premier le cas, il s'agit d'une grâce, tandis que dans le second il s'agit d'un exil. La pause logique contribue à rendre le texte compréhensible, tandis que la pause psychologique lui ajoute la vie, favorisant chez l'interlocuteur le sous-titrage.

Le rythme

Le rythme ou tempo se retrouve dans toutes les circonstances, donnant à toute situation sa caractéristique. Ecoutez le rap et ses syllabes découpées, ne contribue-t-il pas à un état d'esprit particulier ? Celui-ci est différent lors d'un slow et d'un rock. Le tempo-rythme a une répercussion sur une émotion et l'émotion sur le tempo-rythme . Grâce à cette intéraction, il devient possible de créer un état affectif intérieur capable d'agir à son tour sur les sensations ressenties.

Ce n'est pas un hasard si le chanteur a capela (sans musique) a des difficultés à sentir juste ses paroles. Cela reste lié au fait que chaque sentiment qu'il veut traduire dit avoir un tempo-rythme approprié. Observez l'accord entre les paroles d'un chanteur et son jeu scénique. Il suffit d'un léger désaccord, même passant inaperçu, pour produire inconsciemment une impression différente. Pensez à l'action et elle vous conduira au résultat.

Regardez une troupe de militaires marcher en cadence, le tempo est caractéristique de l'impression éprouvée sur leur passage. Qu'il s'agisse de légionnaires qui marchent lentement ou de chasseurs alpins à l'allure très rapide, l'impression dégagée est différente.

Dès qu'il y a vie, il y a action, et il s'ensuit immédiatement le mouvement qui, à son tour entraîne un tempo-rythme. Rappelez-vous, durant vos classes, vos exercices militaires rythmés par les chants, les injonctions. Si vous avez gardé leur souvenir en mémoire, c'est grâce à leur tempo particulier.

Toute action, tout état d'âme possède son tempo. Si le temps ne correspond pas à l'événement, on obtient une impression différente. Regardez le sacre d'un mariage princier. Le rythme ne contribue-t-il pas à la majesté de la cérémonie ? Une charge de cavalerie au son du clairon ne saurait convenir.

Le rythme et les mouvements physiques incontrôlés attirent l'attention. Un homme en état d'ébriété et un homme flegmatique n'ont pas le même tempo. S'il est dans un état d'excitation intérieure qui fait battre son coeur à 180 pulsations et grimper son rythme respiratoire à 40 (au fait ! quel était votre tempo au réveil et votre état interne ? ), il sera difficile à l'agent de combiner cet état avc les exigences de son personnage. Il ne pourra lui donner vie qu'en l'imprégnant du tempo approprié. L'agent sera tantôt le chef d'orchestre qui donne le rythme, tantôt le musicien en accord avec le tempo existant.

On ne peut développer ce qui n'existe pas encore, mais la volonté, l'entraînement et la connaissance peuvent contribuer à des acquisitions nouvelles. L'habileté de l'agent dépendra de son expérience, de sa préparation, de sa persévérance, de sa sensibilité et de sa culture.

L'opérationnel doit se rappeler que l'action doit être orientée vers le but, et engendrer à son tour une action de l'interlocuteur. Il doit veiller à toujours rester dans les limites fixées :

* rester conforme à l'image qu'il souhaité délivrer ;

* être créatif (pas de stéréotypes) ;

* sembler vivant, naturel ;

* montrer une certaine profondeur dans le personnage ;

* faire preuve du sens de la mesure, éviter les outrances.

Pour structurer son personnage, il pourra le séquencer avec des noms évocateurs. Le rappel du nom seul suffira à cristalliser l'esprit de la séquence et son objectif fondamental. C'est d'ailleurs un principe que l'on retrouve en analyse transactionnelle, lorsqu'il s'agit d'évoquer les scénarios de vie. Ne cherchez pas le sens de l'objet, mais choisissez un verbe d'action, qui est la source de toute chose.

http://www.amazon.fr/renseignement-humain-G%C3%A9rard-Desmaretz/dp/2702709877

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Lundi 20 avril 2009



Démythifier les assessment centres

Vous avez franchi les sélections du CV, de la lettre de motivation et peut être même du dossier de candidature et du pré-tri téléphonique ? Maintenant, vous êtes convoqué à un assessment centre. Et là vous vous demandez ce qui va vous arriver !
Les assessment centres se multiplient en France notamment dans les entreprises internationales pour leur recrutement pan européen et leurs programmes Haut Potentiels. Développés par l'armée et les services secrets américains et britanniques au moment de la guerre froide pour recruter les espions, l'assessment centre est simplement un processus d'évaluation global intégrant différents exercices conçus pour vous mesurer aux aptitudes requises pour un poste de manière très pratique. Si les compétences techniques peuvent être testées si nécessaire, c'est surtout votre capacité à résoudre des problèmes, présenter vos idées et travailler avec d'autres personnes qui seront évalués. Chaque entreprise a choisi et conçu des exercices spécifiques pour coller à ses critères mais vous retrouverez fréquemment ceux décrits ci-dessous.


Les mises en situation

Ce sont des études de cas dont le principe est de mettre le candidat en situation proche de la réalité pour observer son comportement. Ces simulations doivent mettre en évidence la façon dont il comprend les enjeux organisationnels et humains, met en œuvre ses compétences, analyse les situations, délègue, négocie puis prend ses décisions.

Concrètement, on demande au candidat de gérer une situation la plus proche d'une problématique de travail dans un temps limité, par exemple résoudre un positionnement de marque, analyser un business plan ou réaliser une vente. Dans les mises en situations collectives, vous serez confronté à d'autres participants ou à un acteur qui crée une tension. L'évaluation est interactive et peut concerner une négociation ou un conflit à gérer avec un collègue ou votre supérieur hiérarchique.

L'un des plus connus, l'exercice de la corbeille à courrier (« in tray » ou « in basket ») fonctionne de la manière suivante : le participant est invité a traiter dans l'urgence (de 30 minutes à quelques heures) un certain nombre de dossiers, courriers, mails... reçus en son absence. Il doit déterminer les urgences, rédiger des mémos, laisser des consignes, traiter les problèmes en se définissant des priorités...mais aussi mettre dans la corbeille à papier ce qu'il juge sans importance et déléguer ce qui doit l'être. C'est la combinaison simultanée de plusieurs problèmes de nature différente.

Les problématiques sont multiples : organisation de son emploi du temps en fonction des priorités, prises de décisions opérationnelles, gestion de conflits, relation clientèle, problèmes personnels... et ce type de mise en situation permet une approche très concrète des attitudes du participant dans l'action et dans son pilotage.



Les exercices de groupes

Ils consistent à faire travailler 4 à 10 personnes sur un problème dont elles doivent débattre. C'est l'un des moyens les plus intéressants pour observer des comportements d'animation, de contribution et de leadership en groupe de travail. Les finalités peuvent être la résolution de problème, la gestion d'une crise, la créativité, la recherche de consensus.

Les présentations

Elles consistent à faire une intervention orale sur un sujet donné. On cherche votre capacité à communiquer et donc vous adapter selon la technicité du sujet et la taille de l'auditoire. Comme pour vos soutenances orales de mémoire, éviter l'assurance du donneur de leçons mais préparez vous pour ne pas être paralysé par l'enjeu. Préparez des supports si cela vous rassure mais n'y indiquez pas tout et n'y soyez pas trop attaché.

Les tests

Ils font partie des outils les plus classiques. Les tests d'aptitude peuvent être numériques, verbaux ou de raisonnement abstrait. Les questionnaires de personnalité évaluent aussi vos motivations. Plus vous vous entraînerez aux tests d'aptitude en vous chronométrant meilleures seront vos performances. Par contre il n'y a ni bonne ni mauvaise réponse sur les questionnaires de personnalité car l'important est de bien vous connaître.
Enfin dans un assessment, vous pourrez partager un ou plusieurs repas avec des évaluateurs. Ce pourra être pour eux l'occasion sans le dire de vous évaluer dans un cadre moins formel. Restez concentré même entre la poire et le fromage...

Par spy-drew - Publié dans : Informations recrutement espions/espionnes
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Vendredi 3 avril 2009


Deux militaires appartenant à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), les services spéciaux français, ont trouvé la mort lundi sur un terrain d'entraînement implanté sur la commune d'Opoul (Pyrénées- Orientales) entre les Corbières et la plaine
du Roussillon.

Cet accident dramatique a mis en lumière l'action de ces « soldats de l'ombre » aux missions très spéciales et à la vie à hauts risques. La partie hautement surveillée du palais des Rois de Majorque à Perpignan, est l'une de leurs bases d'entraînement. Midi Libre a tenté de lever un coin du voile épais. Rencontre avec un ancien de la DGSE. Pierre Martinet, ancien du service action.

Comment entre-t-on au service action de la DGSE ?


On y rentre avant tout en le demandant et en postulant officiellement. La sélection se fait en plusieurs étapes. Il y a un premier tri sur dossier, puis trois jours de tests à Paris. En fonction du profil, et en cas de succès, on est affecté à l'un des trois centres de formation. Celui de Quelern, près de Brest, centré sur les nageurs de combat, celui de Cercottes, près d'Orléans, pour ceux qui seront agents clandestins, et le centre parachutiste d'instruction spécialisé (CPIS) de Perpignan, pour les missions de guérilla, de contre guérilla et de commando clandestin. C'est la force de frappe de la DGSE.

Et ensuite ?

Il y a une formation d'un an, avec un tronc commun aux trois centres, et un passage dans chacun d'entre eux : on touche aux trois spécialités. Au CPIS de Perpignan, on apprend à utiliser toutes les armes, les techniques de tir et tous les explosifs, connus et pas connus. Ceux qui restent au CPIS ont une formation complémentaire longue : c'est l'entraînement le plus poussé qu'on puisse trouver sur ce marché des unités d'élite. On a l'avantage d'avoir des budgets conséquents, vu nos missions particulières.


Cet entraînement est-il dangereux ?

C'est un entraînement au plus proche de la réalité, où rien n'est factice : on utilise des vraies munitions, des vrais explosifs, on vit avec une arme avec une cartouche dans la chambre. C'est toute une mise en condition, car on ne peut pas former des gens à des missions spéciales, à l'extrême, avec des situations fictives. On a besoin de personnes au top, "Full Qualif'", comme on dit.

Connaissez-vous le terrain où a eu lieu le drame de lundi ?

Opoul est un site réglementé, prévu pour ça : on y fait beaucoup de tir et d'explosif, dans des carrières. Mais on n'y fait pas n'importe quoi, on a un règlement et des procédures internes, même si elles sont non-conventionnelles au sein de l'armée. Je ne sais pas ce qui s'est passé lundi, si c'était un entraînement, ou de jeunes recrues. Je sais simplement que le risque zéro n'existe pas, même si les accidents sont très rares, comparés aux millions de cartouches et aux milliers de pains d'explosifs que l'on utilise.

Mettre des explosifs sur un véhicule fait-il partie de l'entraînement courant ?

L'une des missions principales du service action, ce sont les opérations de neutralisation physique. Même si cela n'arrive pas, il faut y être prêt. Placer un explosif pour faire sauter une porte, une portière ou une voiture, c'est dans la logique de l'exercice en conditions réelles.

Quels types de missions mènent les hommes du CPIS ?

Ce sont des missions clandestines dans des pays en guerre, comme l'Afghanistan, le Kosovo, l'Irak. Des missions d'action, de protection "off" de personnalités. On enchaîne des périodes d'entraînement 24 heures sur 24, des missions réelles, des entraînements, avec un peu de vacances de temps en temps. C'est tout ça, le piment de ce métier. Rien n'est écrit à l'avance, on ne peut jamais se permettre de se relâcher.

Comment vit-on dans le secret ?

Tout ça est compliqué à gérer. A l'époque où j'étais au service action, il n'y avait pas de suivi psychologique. On est sans arrêt à changer d'identité, à partir pendant des mois à l'étranger, sans pouvoir donner de nouvelles à sa famille ou en recevoir, sans lien avec ses proches. C'est comme dans tous les métiers, il faut trouver l'équilibre entre le personnel et le professionnel. La limite est très fine, surtout si on n'a pas les bonnes bases.

Quelles peuvent-être les conséquences de ce drame ?

La médiatisation et l'aspect judiciaire ne sont pas vraiment un problème. Ce qui compte, c'est la perte humaine, qui est dramatique. Il y aura de toute façon une partie de cet univers qui ne sera jamais dévoilé. C'est une vraie famille, avec une solidarité réelle, et une amitié qui s'est forgée en transpirant ensemble et en côtoyant la mort. C'est un univers incomparable, quelque chose d'unique, qui vaut la peine d'être vécu. Même si on y laisse sa vie.

 

http://www.midilibre.com/articles/2009/04/01/20090401-DGSE-DGSE-qui-sont-ces-agents-secrets-qui-vivent-pres-de-chez-nous.php5

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Dimanche 29 mars 2009

Démystifier et légitimer le renseignement



Le renseignement occupe une place de plus en plus importante dans la sécurité de nos Etats.

Dans le monde incertain de l'Après-Guerre froide, les grands acteurs internationaux ont tous compris que pour garantir la paix, anticiper les nouvelles menaces ou sortir vainqueur des rivalités mondiales, des services performants, s'appuyant sur une culture du renseignement diffusée dans l'administration, les entreprises et la société civile étaient un atout de premier ordre.


Cependant, dans le monde francophone, le renseignement reste perçu négativement, victime d'une large méconnaissance et d'idées reçues. Les élites politiques et administratives, comme le public, ne connaissent de ces activités que quelques sombres affaires, assez peu représentatives de la réalité. Ils ne tolèrent l'existence des services que parce que ceux-ci leur apparaissent comme un mal nécessaire à nos sociétés, mais ils s'en défient profondément.


Les femmes et les hommes qui ont choisi d'exercer cette profession sont ainsi souvent considérés avec méfiance par les dirigeants politiques et militaires de leur nation, ainsi que par l'opinion, alors même qu'ils assurent une mission fondamentale pour la sécurité des institutions et de la collectivité.

Trop souvent présentés comme des activités secrètes, voire inavouables, les métiers du renseignement souffrent d'un manque de considération. Peu connaissent leur variété ou leurs pratiques professionnelles, très rigoureuses et codifiées, qui n'ont cessé de se perfectionner au cours des siècles.

Cette situation doit évoluer. Il est essentiel de rétablir la légitimité de la discipline et de convainvre la communauté nationale de son utilité.


Cela est d'autant plus nécessaire que, dans nos Etats modernes, de plus en plus régis par des règles de bonne gouvernance, d'éthique et de transparence, le renseignement ne peut échapper à un nouveau regard des citoyens et des parlementaires, afin de conduire à la juste évaluation de son rôle.

Première et unique formation dans le monde francophone, le Diplôme privé d'études supérieures "Management des agences de renseignement et de sécurité" a pour finalité d'apporter à des particpants provenants des secteurs public et privé une connaissance approfondie de la finalité et du fonctionnement des services.


Qu'est-ce que le renseignement ? A quoi sert-il ? Dans quel but fait-on appel aux services ? Comment s'organise la profession ? La formation abordera tous les principes d'action de cette activité particulière de l'Etat, qui touche à la fois à la décision politique et économique, militaire et diplomatique. Elle permettra la découverte de ses diverses finalités et applications, de ses différents métiers et services, et présentera les nouveaux défis qu'elle doit relever, parce que le renseignement est un métier d'avenir.

L'objectif est que les participants soient capables de diriger, de gérer ou de contrôler efficacement les services, de s'y intégrer avec succès, ou de travailler efficacement avec eux.


Eric Denécé : Directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R)

Professeur associé à l'université Montesquieu - Bordeaux IV

 





Le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) lance, pour la rentrée de septembre 2009, un nouveau diplôme spécialisé sur le renseignement.

Unique dans tout le monde francophone, ce Diplôme privé d’études supérieures « Management des services de renseignement et de sécurité » est un diplôme de haut niveau à finalité professionnelle, correspondant à un 3e cycle universitaire (niveau bac + 5 ou mastère spécialisé). Il s'adresse à ceux qui sont destinés à travailler dans ou avec les services de renseignement et de sécurité et qui veulent maîtriser le fonctionnement de ce milieu.

PRÉSENTATION

. Objectifs

  • Assimiler les fondamentaux du renseignement nécessaires à la bonne compréhension de la discipline ;
  • Disposer d'une vue d'ensemble des activités, métiers, services et missions d'un service de renseignement ;
  • Connaître les principaux services de renseignement et de sécurité du monde ;
  • Identifier les meilleures pratiques et confronter les visions de professionnels ;
  • Comprendre et analyser les enjeux futurs du renseignement afin d'adapter les services aux nouveaux défis internationaux, technologiques et parlementaires.

 

. Public concerné :

  • Futurs dirigeants ou membres de la direction d'un service de renseignement,
  • Officiers et cadres des forces armées, de la police et des douanes,
  • Diplomates,
  • Préfets, hauts fonctionnaires et membres des cabinets ministériels,
  • Fonctionnaires internationaux et membres des organismes internationaux,
  • Parlementaires et élus,
  • Dirigeants d'entreprise d'intelligence économique ou d'investigation et responsables de la sécurité ou de l'intelligence économique dans les entreprises.

Le diplôme est également ouvert à certains universitaires, journalistes et cadres d'ONG qui veulent mieux comprendre le renseignement et ses pratiques.

ORGANISATION DE L'ENSEIGNEMENT

. Le Diplôme comprendra 210 heures de cours, organisés sur la base de journées complètes de 7 heures, soit 30 jours de formation.

 

. Les cours auront lieu à Paris, à raison d'une session mensuelle de 3 jours chaque mois, de septembre 2009 à juin 2010.

PROGRAMME DES ENSEIGNEMENTS

 

MODULE 1 :    THEORIE DU RENSEIGNEMENT (3 jours - 21 heures)

 

Finalités du renseignement

Méthodes et outils pour l'étude du renseignement

Introduction à l'histoire du renseignement

 

 

MODULE 2 :    L'ETAT ET LE RENSEIGNEMENT (3 jours - 21 heures)

 

Renseignement et sécurité intérieure

Renseignement et sécurité extérieure

Renseignement et sécurité militaire

Renseignement et sécurité économique

Coordination du renseignement, frontières, rivalités et arbitrage entre services L'intégration du renseignement dans les processus de décision.

 

 

MODULE 3 :    METIERS ET PRATIQUES DU RENSEIGNEMENT (1)
LE RENSEIGNEMENT HUMAIN (4 jours - 28 heures)

 

La recherche par agents et la recherche opérationnelle

Le contre-espionnage, la protection du secret et la sécurité des opérations

L'orientation et l'analyse

Les différentes formes d'action clandestine

Déception et opérations psychologiques.

 

 

MODULE 4 :    METIERS ET PRATIQUES DU RENSEIGNEMENT (2)
LE RENSEIGNEMENT TECHNIQUE (4 jours - 28 heures)

 

Interceptions et guerre électronique : SIGINT, COMINT, ELINT

Renseignement optique (satellites, aéronefs et drones)

La cryptologie

Renseignement informatique à partir des sources ouvertes (OSINT).

 

 

MODULE 5 :    ANALYSE COMPAREE DE L'ORGANISATION  ET DU FONCTIONNEMENT DES SERVICES DE RENSEIGNEMENT DANS LE MONDE (1) :
LE RENSEIGNEMENT OCCIDENTAL (4 jours - 28 heures)

 

Les services de renseignement et de sécurité en France

La communauté du renseignement américain

Le renseignement soviétique et russe

Le renseignement britannique

Le renseignement belge.

 

 

MODULE 6 :    ANALYSE COMPAREE DE L'ORGANISATION  ET DU FONCTIONNEMENT DES SERVICES DE RENSEIGNEMENT DANS LE MONDE (2) :
LE RENSEIGNEMENT HORS OTAN (4 jours - 28 heures)

 

Le renseignement israélien

Le renseignement dans le monde arabe

Le renseignement en Afrique

Le renseignement en Asie

Le renseignement en Amérique latine

Le renseignement chez les acteurs non étatiques (groupes terroristes, mafias, ONG).

 

 

MODULE 7 :    LES NOUVEAUX SUJETS D'INTERET DU RENSEIGNEMENT
(4 jours - 28 heures)

 

Les nouveaux risques et les nouvelles menaces

Géopolitique de l'insécurité mondiale et prospective du renseignement

La lutte contre le terrorisme international

La lutte contre la prolifération nucléaire

La lutte contre les activités criminelles

La finance criminelle et terroriste

Les cybermenaces

Les nouvelles formes de subversion (activistes, extrémistes, autonomistes, etc.).

 

 

MODULE 8 :    LES DEFIS MANAGERIAUX DU RENSEIGNEMENT (4 jours - 28 heures)

 

Les ressources humaines du renseignement

Aspects financiers et budgétaires

Communication et transparence des services

Aspects juridiques et éthiques du renseignement

Sous-traitance et privatisation du renseignement et de la sécurité

Dérives et échecs du renseignement

Le contrôle parlementaire des services

Coopération européenne et coopération internationale.

Pour tout renseignement complémentaire par rapport au coût de la formation, aux conditions d'accès ou tout autre modalité de réglement veuillez trouver ci-joint le progamme téléchargeable à cette adresse http://www.cf2r.org/images/stories/diplome/diplome-programme.pdf  ainsi qu'également le dossier de candidature http://www.cf2r.org/images/stories/diplome/diplome-candidature.pdf

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