Dans ses activités liées au renseignement d'origine humaine, l'agent ne sait pas bien souvent aller au-delà de ses impressions. Il n'utilise quasiment jamais une
méthode pour l'évaluation de la personnalité de la cible. Il s'en remet à son intuition et à ses talents de manipulateur.
Fort de ce constat, il nous a semblé tentant d'initier une démarche assez inhabituelle, mais cependant nécessaire à la pose de jalons pour une méthode d'analyse reposant sur l'observation directe des comportements ouverts ou cachés. Cette approche devrait permettre à l'agent de passer d'une procédure empirique ou intuitive à une méthode, et ce, en s'appuyant essentiellement sur les données recueillies.
Nous attirons l'attention des psychologues qu'il ne s'agit pas d'une méthode standardisée, mais plutôt d'une initiative individuelle qui vise à élaborer les grandes lignes directrices nécessaires à dresser un profil à partir de traits en relation avec :
* l'imagerie mentale ;
* les pensées, croyances, idéologies ;
* les dépendances (famille, sexualité, travail, loisirs, etc.) ;
* l'attente de la cible ;
* l'attitude de la cible à l'égard de l'agent ;
* les attentes de l'agent.
Toutes suggestions de l'agent manipulateur restera sans effet si elle n'est pas acceptée par l'esprit. C'est l'esprit qui lui donne corps en l'entretenant. L'esprit opère selon le principe du syllogisme. Une fois qu'il a accepté la majeure pour vrai, il va raisonner de lui-même et aboutir à la mineure. A l'agent de savoir quelle majeure il veut instiller dans l'esprit de la cible. Autre avantage de notre approche, à la différence de l'entretien psychologique, l'agent n'a pas à recueillir la coopération de la personne. Sa simple participation suffit.
Il serait irréaliste pour l'agent de vouloir influer sur les convictions profondes de l'individu et qui appartiennent à l'inconscient. Notre approche nous permet d'obvier aux lecteurs qui nous objecteraient que l'inconscient n'a jamais été l'objet d'une observation directe et que rien ne permet d'affirmer qu'il est de nature psychique (doit-on définir le psychisme par la conscience ou l'inverse ?). De toute façon, le simple fait d'identifier une tendance névrotique ne permet pas toujours d'en apprécier la puissance et n'entraîne pas pour autant sa disparition.
Pour l'agent manipulateur, ce qui compte, ce n'est pas de posséder de bonnes connaissances en psychologie, mais d'en conserver l'esprit. Un agent manipulateur possédant une formation en psychologie court le risque d'aller au-delà de sa raison d'être en justifiant son diagnostic. Cela dit, il s'agit d'une approche commode pour cerner les réalités en contact avec la conscience. Tenter d'approcher l'inconscient par le conscient, cela serait à n'en pas douter tomber dans une contradiction.
Chacun sait que les forces qui nous poussent à des actions, à des sentiments, à des comportements se développent dans l'enfance, en partie grâce ou à cause de notre tempérament et du milieu. Ces tendances vont à leur tour déterminer l'idée qu'un individu se fait de lui-même et celui qu'il aimerait être. Avec le temps et selon le monde qui nous entoure et nos expériences, ces tendances peuvent changer. Quand une tendance est identifiée, il devient plus facile de comprendre les réactions de l'individu. Quand deux ou plusieurs tendances sont en conflit, l'esprit va chercher à réduire le conflit. Il s'ensuit des tensions, des phobies, des illusions, des inhibitions, des susceptibilités, la dépression, une dépendance.
La tendance qui se manifeste d'abord et qui concorde avec l'image que l'individu a de lui-même n'est généralement pas la plus forte. Les pulsions réprimées apparaissent peu à peu des moins refoulées jusqu'au plus refoulées.
Le comportement est enchaînement d'actions et de réactions destinées à l'adaptation de l'individu à la situation telle qu'il la perçoit ou qu'il l'interprète. La chaîne est composée de plusieurs séquences : le stimulus, la réponse physique et psychologique, la conséquence, l'anticipation. Il peut s'agir pour l'agent d'une observation simple ou répétée dans le temps, parfois ritualisée par les conventions sociales.
L'agent doit se demander pourquoi telle pensée ou telle réaction est venue dans l'esprit de son sous-agent. La raison de telle association, lapsus, raptus, enchaînement, curiosité, contradictions, exagération, thèmes abordés, évités, les non-dits, quels sentiments, faits, opinions ou recommandations en ont-ils résulté ? Cela conduit bien souvent à subodorer des résistances, ou blocages.
L'observation peut concerner les comportements suivants :
* le comportement moteur ;
* le comportement languagier ;
* le comportement émotionnel (colère, joie, anxiété) ;
* le comportement cognitif (pensées, images) ;
* le comportement physiologique (respiration, battements du coeur).
Quelle que soit la nature de l'observation des traits remarquables composant la personnalité, l'agent évaluera leur intensité, leur fréquence, voire leur persistance dans d'autres situations aussi différentes que possibles. Il doit, lorsqu'il en a la possibilité, ne pas se contenter d'un instantané. Miex, il sera souhaitable lorsque cela s'avéra possible, de se livrer à une observation duale. Cette pratique tend à prémunir d'une subjectivité toujours à craindre.
Avant de procéder à la cotation d'une échelle sur laquelle nous reviendrons, il nous a semblé nécessaire de dire un mot sur certaines tendances qui peuvent faciliter ou venir compliquer l'approche de l'agent et de la crainte qui en découle :
* le besoin de d'affection ou de plaire qui met l'autre en avant au détriment de ses propres besoins (crainte de s'affirmer) ;
* le besoin de codépendance qui pousse à prendre en charge la personne (crainte de la solitude) ;
* le besoin de puissance avec sentiment de supériorité (idéologie, croyance) justifiant la domination de l'autre ;
* le besoin de contrôle de soi avec la négation de ses forces émotives (crainte de ne pas être à la hauteur) ;
* le besoin d'exploiter l'autre par l'argent, le sexe, les sentiments, les idées (il craint d'être à son tour dupé) ;
* le besoin d'estime sociale qui peut être en rapport avec des relations , un statut,des qualités possédées (crainte de perdre son rang) ;
* le besoin d'être admiré en relation avec l'idée qu'on a de soi (crainte de l'humiliation) ;
* le besoin de réussite personnelle avec hyperactivité dans un domaine, travail, amour (craint le regard de l'autre) ;
* le besoin d'autosuffisance ou d'indépendance. Pas question de se soumettre à une personne ou à une influence (crainte d'avoir recours à l'autre) ;
* le besoin de perfection, le sentiment de supériorité justifié par sa propre valeur (crainte de la découverte de ses propres défauts).
Il est évident que plusieurs besoins peuvent se croiser et se combiner. Le besoin d'être admiré, le besoin de réussite personnelle et le besoin d'estime sociale n'en sont qu'un exemple. Par ailleurs, un besoin peut en masquer un autre. Ainsi, le comportement que l'on pourrait prendre pour un besoin de modestie peut très bien masquer un désir refoulé de puissance, d'indépendance ou autre. Une dépression réactionnelle liée aux désirs refoulés et non exprimés peut en être une expression.
Chaque tendance engendre une conduite, une image de soi, du monde donc des inhibitions spécifiques. Les inhibitions peuvent être circonstances à une action ou s'étendre à plusieurs secteurs de la personnalité (spontanéité, relations sociales, affirmation de soi, etc.). Plus la tendance est ancienne et nécessaire à l'individu, plus il va l'auto justifier. Des défenses secondaires peuvent venir en renforcer la structure. L'agent doit garder présent à l'esprit qu'il peut se trouver confronté à des qualités fictives !
Il n'appartient pas à l'agent manipulateur de faire prendre conscience à sa source de ses désirs refoulés. Cette compréhension serait contre-productive et risquerait de lever l'hostilité de l'individu. Est-il nécessaire de rappeler que l'approche de l'agent manipulateur n'a rien à voir avec l'entretien psychologique ? Elle vise à obtenir une représentation de la personnalité et ne vise absolument pas une finalité psychothérapeutique.
L'agent manipulateur ne base pas son jugement sur les valeurs réelles, mais uniquement sur celles qui permettent de renforcer une tendance. C'est donc le contraire du travail du psychothérapeute.
L'agent s'attachera à noter et à coter :
* les émotions (plaisir, déplaisir, anxiété, etc.) ;
* la stabilité des traits observés ;
* le degré d'auto contrôle ;
* les tendances névrotiques et phobiques ;
* le désir de changement et leur implication volontaire.
Cela peut se faire via une échelle bipolaire avec cotation intermédiaire de 1 à 8 des traits apparents remarquables ou exprimés.
| Cyclothymie | Évaluation (0 à 8) | Schizothymie |
| Bon caractère, avenant | >>> | Dédaigneux, cupide |
| Serviable | Opposant | |
| Empathie | Indifférent | |
| Doux | Dur | |
| Confiant | Soupçonneux | |
| Adaptable | Rigide | |
| Chaleureux | Froid | |
| Intelligence générale | Facteur B | Déficience mentale |
| Consciencieux | Peu scrupuleux | |
| Persévérant | Manque de persévérance | |
| Intellectuel | Rustre | |
| Stabilité émotionnelle | Facteur C | Tendances névrotiques |
| Maturité émotionnelle | Peu résistant à la frustration | |
| Stabilité émotionnelle | Versatile | |
| Flegme | Émotivité généralisée | |
| Réaliste | Rêveur | |
| Absence de fatigue nerveuse | Fatigue nerveuse | |
| Paisible | Tourmenté | |
| Ascendance | Facteur E | Soumission |
| Affirmatif | Soumis | |
| Indépendant d'esprit | Dépendant | |
| Dur, austère | Aimable | |
| Gravité affectée | Naturel | |
| Non-conformiste | Conformiste | |
| Ferme | Facilement troublé | |
| Captant l'attention | Suffisant à soi-même | |
| Expansivité | Facteur F | Non expansivité |
| Bavard | Silencieux | |
| Animé | Déprimé | |
| Calme | Anxieux | |
| Franc, Expressif | Non communicatif | |
| Vif, alerte | Langoureux, lent | |
| Caractère affirmé | Facteur G | Caractère non mûr |
| Persévérant, déterminé | Inconstant, changeant | |
| Sens des responsabilités | Frivole | |
| Maturité émotionnelle | Exigeant, impatient | |
| Stable dans sa façon d'être | Relâché, indolent | |
| Consciencieux | Peu sûr | |
| Attentif aux autres | Opposant | |
| Résilience | Facteur H | Repli sur soi |
| Sociabilité Grégaire | Timidité | |
| Audacieux, hardi | Prudent, réservé | |
| Intérêt marqué pour le sexe opposé | Intérêts médiocres | |
| Frivole | Consciencieux | |
| Intérêts artistiques ou sentimentaux | Absence de tels intérêts | |
| Résonance émotionnelle riche | Froideur, distance | |
| Sensibilité émotionnelle | Facteur I | Rudesse de maturité |
| Exigeant, impatient | Emotionnellement mûr | |
| Dépendant, non mûr | Indépendance d'esprit | |
| Introspectif, imaginatif | Satisfait de soi-même | |
| Aimable, doux | Rude, cynique | |
| Goût esthétiques | Manquant de sens artistique | |
| Frivole | Sentiment de responsabilité | |
| Captant l'attention | Suffisant | |
| Paranoïde | Facteur L | Altruisme |
| Enclin à la jalousie | Pas de tendance jalouse | |
| Calme, honteux | Posé | |
| Soupçonneux | Confiant | |
| Grincheux | Entrain | |
| Rigide | Adaptable | |
| Dur et indifférent | S'intéressant aux autres | |
| Bohémanisme | Facteur M | Intérêts pratiques |
| Excentrique | Conventionnel | |
| Imagination sensitive | Pratique, logique | |
| Peu sûr | Consciencieux | |
| Aspect calme | Facilement expressif | |
| Émotion hystérique | Sang-froid en cas d'urgence | |
| Sophistication | Facteur N | Simplicité |
| Policé | Lourdeau, maladroit | |
| Froid, indifférent | S'intéressant aux autres | |
| Difficilement satisfait | Facilement satisfait | |
| Méfiance | Facteur O | Confiance |
| Tourmenté, anxieux | Placide, insensible | |
| Soupçonneux, qui rumine | Exempt de méfiance | |
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