I.Eléments biographiques
Harry Ferguson est un ancien agent du MI6 et un agent sous couverture du MIS (National Investigation Service). Il se consacre depuis sa retraite à l'écriture. Il est l'auteur en 2003 d'un livre intitulé NIS: Kilo 17 et, deux ans plus tard, de Lima 3, deux ouvrages dans lesquelles il retrace son expérience au sein des services de renseignement britannique.
En 2005, il a commencé avec un ancien agent de la CIA, Mike Baker, à collaborer à une série de la BBC dénommée « Spy » dont il a également écrit le livre Spy – A Handbook.
Les chapitres 6 et 7 de ce livre constituent un véritable guide destiné aux agents dont la mission est de recruter des informateurs. Ferguson fournit des informations importantes et didactiques à ce sujet. Ces deux passages sont ponctués d'anecdotes historiques concernant de fameux agents des services de renseignement, comme Sir Francis Walsingham, Oleg Gordievsky ou encore Jonathan Pollard.
I.Le recrutement de l'agent
La première phase d'approche dans le recrutement d'un agent s'apparente, à maints égards, à un jeu de séduction dans lequel l'officier tient le rôle principal.
1.Gagner la confiance de l'agent
En effet, son but est de recruter l'agent donc il doit, au préalable, établir un premier contact et gagner la confiance de son interlocuteur aussi rapidement que
possible. Evidemment, tout le monde ne part pas égal, certains ayant des prédispositions dans ce domaine. Toutefois, même si gagner la confiance d'autrui n'est pas une qualité innée, il existe
des ruses et différentes tactiques qui peuvent être mises en place et qui, avec un peu d'entraînement, s'avèrent concluantes.
2.Le positionnement sur une échelle de valeurs
La première règle qu'il est important de retenir est qu'il ne faut jamais qu'un agent soit recruté par un officier qu'il ne respecte ou n'admire pas. S'il le considère inférieur, en fonction
d'une échelle de valeurs qui lui est propre, il ne pourra jamais s'établir un quelconque respect entre les deux individus et, par corollaire, aucune confiance. Etant donné que cette échelle de
valeurs est propre à chacun, c'est ce que Ferguson appelle le « power ladder », il convient au préalable d'effectuer un travail de collectes
d'information précise sur l'agent en question. Certains se baseront en fonction de l'apparence, de la richesse ou bien encore de compétences techniques. Chaque individu attache à chaque
qualité une valeur différente. Il convient alors de trouver les qualités qui pourront inspirer le respect à l'agent. Si ce dernier respecte les hommes fortunés, il conviendra par exemple que
l'officier ait les attributs d'une telle position sociale.
Une fois le contact établi, il convient de persuader l'agent de travailler pour l'officier et de collecter des informations qu'il lui transmettra.
1.Les stratégies de persuasion
Ferguson souligne trois stratégies de persuasion à mettre alors en oeuvre. Il part du principe, largement établi, qu'il convient d'abord de donner pour
recevoir. En l'occurrence, des cadeaux ou mieux, des informations lui donnant l'impression d'être important peuvent contribuer à ce que l'agent fournisse en retour des informations utiles.
Cet échange est à la base de la mise en confiance de l'agent. Il convient également, même si cela peut paraître relever du cliché, de flatter l'agent sans toutefois
tomber dans la flagornerie. Tout est dans la mesure. Enfin, Ferguson souligne que l'officier doit faire ce qu'il dit, être ponctuel et fiable, des critères qui montrent le
professionnalisme et le sérieux.
2.Les outils au service de la persuasion
Outre ces stratégies, Ferguson fait un catalogue très détaillé des différents outils qui doivent être mis en application afin de persuader l'agent. C'est un véritable manuel de bonne conduite
qu'il offre aux officiers. Il insiste notamment sur la gestuelle, l'expression et l'apparence, des critères qui ne sont pas seulement importants dans la relation
agent-officier mais dans la vie de tous les jours. En effet, notre gestuelle, le ton de notre voix ou encore nos mouvements trahissent nos émotions donc il convient de les contrôler autant que
faire se peut. Comme dans la séduction amoureuse, le regard est crucial afin d'établir la confiance. Là encore, la mesure est de rigueur afin de ne pas mettre dans une situation
inconfortable son interlocuteur. Parmi de nombreux autres exemples, Ferguson donne aussi celui de la position du corps qui peut traduire l'anxiété ou le désintérêt si l'officier n'y prend pas
garde.
II.La relation entre l'officier de liaison et l'agent
Une fois que la confiance est établie entre l'agent et l'officier, la deuxième phase de la relation commence, celle consistant à la collecte et au transfert des informations.
1.Les règles de sécurité
La rencontre entre l'agent et l'officier est toujours un moment délicat, mettant en jeu la sécurité des deux. Ces rencontres sont importantes à maints égards car elles permettent d'entretenir le
contact et d'évaluer l'état d'esprit de l'agent mais aussi de transmettre des informations et de donner à l'agent sa prochaine mission. Il convient
d'être très prudent et d'éviter d'être repéré. Il faut fournir à l'agent, s'il est compromis, une porte de sortie afin de s'échapper. De même, si la rencontre ne
peut pas avoir lieu, pour différentes raisons ou si l'un des deux est en retard, il convient d'établir un point de chute pour une nouvelle entrevue. Par exemple, il peut s'agir de se rencontrer
trente minutes plus tard à un autre endroit.
1.Le moral et le bien-être de l'agent
Bien que la relation entre l'agent et l'officier doive évoluer hors du champ des sentiments, pour la simple raison par exemple que l'officier pourrait être amené à donner une mission à l'agent
mettant en jeu sa vie, une relation d'amitié basée sur la confiance et le respect mutuel peut rapidement se mettre en place. Afin d'entretenir cette confiance,
l'officier doit prendre soin de son agent, en lui demandant des nouvelles et en s'inquiétant de son bien-être. Il doit aussi être capable de détecter si quelque chose ne va pas et pourrait
éventuellement mettre en jeu la sécurité de l'agent, de l'officier voire de l'opération toute entière. Certains signes ne trompent pas, par exemple si l'agent a soudainement accès à un
nouveau niveau de sécurité. Cela peut souligner que l'ennemi est en train de l'utiliser afin de transmettre de fausses informations. Enfin, il ne faut pas oublier que l'engagement d'un agent est
toujours dépendant d'une récompense. Même si le sexe n'est plus en vigueur dans les services de renseignement occidentaux et si l'appât du gain est à éviter, certaines motivations comme des
convictions politiques ou encore l'espoir d'une vie meilleure dans le pays avec lequel il collabore peuvent entrer en ligne de compte.
Pour Ferguson, les agents ont deux moyens de communication secrets pour transmettre les informations, ce qu'il appelle les « brush contacts » et la « dead letter box ».
1.Les « brush contacts »
Les « brush contacts » sont des rencontres momentanées entre l'officier et l'agent qui se déroulent généralement en public mais qui sont tellement brèves que même un
observateur attentif ne doit théoriquement pas les remarquer. L'avantage de ces rencontres est qu'elles sont discrètes donc elles ont moins de chance de mettre en jeu la couverture de
l'agent, tout en permettant le transfert des informations collectées. Toutefois, de telles rencontres requièrent une parfaite coordination entre l'agent et l'officier et sont, par conséquent,
facteur de stress. L'agent ne peut pas, par exemple, se permettre d'arriver en retard sous peine de mettre en danger la sécurité de l'officier. Ainsi, le timing, des mesures de surveillance et la
mise en place de signaux afin de signaler un éventuel danger sont cruciaux. Il faut toujours qu'une porte de sortie puisse être offerte à l'agent s'il est compromis et la vigilance de l'officier
est souvent mise à rude épreuve lors des « brush contacts ». Bien que populaires à la télévision et dans les films, les « brush
contacts » ne sont pas les moyens les plus utilisés par les services de renseignement occidentaux afin de transmettre des informations. Les nouvelles technologies permettent en effet
d'éviter de telles rencontres.
2.La « dead letter box »
Enfin, beaucoup moins utilisée également de nos jours par les services de renseignement occidentaux, la « dead letter box » l'est néanmoins
toujours par les terroristes. La « dead letter box » est un espace ou une boîte dans laquelle peuvent être placés des documents par l'agent, qui sont ensuite collectés
par l'officier et vice versa. L'avantage de cette technique est qu'elle évite le contact direct entre l'officier et l'agent ce qui renforce la sécurité de deux. A l'inverse, une « dead
letter box » peut être trouvée et interceptée mettant ainsi en péril l'agent et l'officier sans qu'il ne soit possible d'offrir une porte de sortie
à l'agent. En cas de danger, il convient donc de convenir d'un signal d'urgence facilement détectable par l'officier. Pour garantir la sécurité des informations transmises, le cryptage peut être
une bonne solution même si, de nos jours, de nombreux systèmes comme VSC (Visual Spectral Comparator) et ESDA (Electrostatic Detection Device) peuvent en venir à bout aisément.
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